BONES MAKING FLESH

LYRICS & WRITINGS by JULLIAN ANGEL

Catégorie: Moods

About the 26’s truth: funerals.

« I’ll have a fragmented life, I won’t belong all I can feel.

In there, my friend you’re alive, and whatever happens you will »


You can’t hurt the pain… You can’t get the grief to suffer the way you do. And you can’t harm a lifeless branch on a weak familiar tree, although you’re still under its shade so wide.

You can’t kill what’s already dead. You can’t seem to wish you could do it, anyway. And you can’t hate what’s gone or vanished, what no more shines, even when that old flame should gravely near you.

You can’t heal, but you can’t grow a deadly wound. You just won’t decay enough, the ground still raising you back to where you experience grace, greatness, as deeply as the ugliness in human things.

Sometimes, you badly wish you’d turn the stroke of fate into a strong avenging blow. And then you point the fist against your own soul, your own flesh.  So you play the target, for the ones that won’t bare their chests, for a decent balancing between beauty and dirt. Not between right or wrong, justice and crimes…

You’re not the lawyer. They may believe that you dare judge, but you feel, more than you judge. You know, more than you deem. And in the final sentence, if you’re quoted as one of the witnesses, your greatest deed will be to let the sinner’s hand cure what itself once had branded… You’ll know the touch, you’ll know the pain, but then also the prints of a major human link, never put to death.

Lend your hand so, over all bitterness and sadness you had gathered through years. Lend your hand to the one, not to a memory, not to a dying rest of life. Lend your hand, from above or from below, whether you drown or rise up.

For you can’t hurt the pain. She’ll lift you anyway.

And you shall forgive.

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About the 26th tooth: necrosis…

La douleur s’était amplifiée depuis quelques semaines ; d’abord d’un côté de la mâchoire, avec des maux de tête incessants, puis de l’autre, là où les premiers signes d’inconfort dentaire était apparus 3 mois plus tôt. Il y avait déjà eu un premier rendez-vous auparavant, qui n’avait rien révélé, sinon de maigres hypothèses, et une envie certaine de trouver un autre dentiste au plus vite, pour une deuxième consultation. Identification du mal, neutralisation du problème… On voudrait que la réalité soit aussi simple et honnête, surtout au beau milieu d’une rage de dents.

Entretemps la date s’approchait, inexorablement. Ce chiffre marqué au fer rouge, en forme de symbolique fatale, d’une étrange coïncidence d’état-civil entre deux personnes. Tel oracle grec l’aurait déjà interprétée en signe funeste, si elle n’avait d’abord représenté un séduisant coup du destin, puis l’indicible témoignage d’une bienveillance occulte. Comme signer, friévreusement, au bas de sa demande officielle de rémission. Mais on accepte aussi de rendre les armes, quand enfin on vient prendre armure de ces bras trop ouverts, en les laissant nous envelopper. La reddition, voilà ce qu’on a gravé dans le marbre.

L’amour est le plus court chemin possible entre bénédiction et malédiction. Il change les accidents en miracles, le soleil en ténèbres, autant de fois que nécessaire, à travers autant de revirements imaginables qu’une âme pourra endurer jusqu’à n’y voir plus que du chaos, de l’absurde… Ou la preuve indéniable d’un parcours plus complexe justement, d’un territoire de destinée qu’il faut observer de plus haut, de plus loin, avant d’en comprendre l’éclat et la finalité.

Certaines échéances attisent d’autant plus l’envie de gagner ces quelques précieux centimètres de savoir, sur une feuille blanche de mystères. Car le brouillard apaise brièvement, mais ne protège ni du danger, ni de la crainte du danger. Quelque chose doit arriver, déborder le rempart de protection. Un nerf qui se réveille et parlera pour les autres. Un nerf prêt à subir une décharge pour briser la torpeur, ce silence insultant, cette discrétion hypocrite.

La date survient enfin, coincée au coeur d’une semaine à chercher des amarres impossibles, à colmater les brèches de l’esprit ; et celles du corps qui se dérègle, qui hurle des maux invisibles, des foyers d’infections sans fondements, des brasiers sans causes… Mais au lendemain du 26, le trouble ne passe toujours pas. Il s’accentue au contraire. Stoïcisme ou résignation, à l’heure du nouveau rendez-vous pris chez un adepte rationnel de l’avis médical, le côté gauche de la mâchoire a pourtant déjà presque cessé tout tiraillement généralisé ; la douleur redevenue supportable, désormais ciblée sur une seule dent.

« En haut, à gauche… » Un curieux appareil sonde chaque pré-mollaire, l’une après l’autre, pour confirmer ou infirmer par une radio instantanée le premier examen sommaire du dentiste : rien de probant, au moins en surface. « la 24ème… « , « la 25…« .  « Non, rien à signaler…« .

Aussi l’index remontre-t-il encore au praticien le point douloureux. « Peut-être quelque chose sur celle-là, oui… mais rien d’évident pour le moment« .  Alors le dentiste fait noter à son assistante : « suspicion de nécrose sur la 26ème, en haut à gauche« .  La dent est peut-être en train de mourir, à petits feux, mais il faut attendre de savoir pour intervenir, « on ne dévitalise pas une dent à la légère…« .

Je me souviens avoir entendu le chiffre « 26 » et le mot « nécrose », mais sans réaliser immédiatement ce nouveau signe d’ironie surréaliste. J’étais juste moitié frustré, moitié soulagé par le diagnostic, à l’image d’une histoire et de ses péripéties, de tous ses chapitres sans épilogue. En effet, on ne « dévitalise » pas sans savoir.

Encore un peu de patience. Quelques jours après, j’ai su cette fois.  Le cheminement de la douleur avait cruellement attendu son terme, en livrant seulement quelques indices au passage. Bien sûr, tout ça n’avait pas grand-chose à voir avec une simple dent, dont j’ai même déjà oublié l’emplacement exact d’ailleurs. Mais le restant de douleur sur ce 26ème nerf s’est éteint précisément la même nuit que mon espoir de revoir vivante une proche, une de ces soeurs d’âme désignée par la vie, et que je ne pensais pas avoir perdue humainement, au-delà des aléas, des déchirements.

Et j’ai su qu’à présent un autre deuil commençait. Un des plus difficiles peut-être, sans une stèle pour se recueillir, sans l’adieu en paix, sans le dernier chapitre. Avec un message émis, certainement, mais non délivré.

Rien ne serait plus important que cela, lutter contre la perte de l’autre, de son humanité. Aucune rage, aucun brûlot d’injustice pour atténuer cette parodie de destin. Tous les gestes demeurent vains, ils tendent un piège si béant, sous les pas du damné trop pressé d’ôter son voile de deuil. En ces heures où les émotions nous noient sous un flot d’impulsions dissonnantes, la foi répète une seule même chose heureusement : ce qui a vécu ne meure véritablement qu’en nous-mêmes, si nous oublions qu’une âme peut toujours ouvrir des yeux, quand sa mémoire s’obscurcit, ou son paysage devient saturé de laideur. Puisque la poussière balayera tout le reste.

Et j’ai pleuré devant cette voie libre, soudainement ouverte finalement.  Sur cette poussière, que le temps ne souffle pas toujours contre soi.

« ...Still the wind makes a fairy twirl
Of a few echoes from the world…
And it comes along to my ears,
Reviving my old memories.

Then I feel great,
It feels like peace…
« 

Pour la beauté du geste…

Je ne suis pas né de marbre. Et je n’ai pas été changé en statue de sel. Certains mouvements sont juste plus difficiles que d’autres, comme orienter le corps afin qu’il garde une trajectoire sans virages forcés, ni fausses routes. Comme aiguiller l’esprit vers ce musée des souvenirs, tout en esquivant dans chaque pièce les « pourquoi ? » trop envahissants. Je suis né les yeux grands ouverts. Avec une mémoire déjà à vif.

Pour se souvenir, donc. Et pour la beauté du geste…  Car cette marionnette refuse d’obéir à ses fils. L’automate reste blessé, mais encore sans haine. Alors il agite des offrandes, souvent pathétiques, sur l’autel du pardon et de la transcendance. Un brin d’élégance de soie autour d’une chair d’amertume, l’hommage d’un romantique malgré-lui à ce vécu, si intensément partagé. Tandis qu’une main encourage l’auto-flagellation, l’autre a vite fait de commettre son imprudence, cacheté l’enveloppe, posté le message. Maintes fois on l’y a déjà repris, à venir tendre un présent, ou esquisser une caresse, même s’attarder sur une chevelure interdite. Quand elle ne trépigne pas à chercher les mots justes, pour le petit billet qui accompagnera ces quelques tiges de splendeur éphémère…

Cette main-là s’est brûlée au delà du raisonnable. Mais elle ne veut ni cicatriser, ni manier le fer, ni former de signe d’adieu. Elle doit rester libre d’encourir une arabesque supplémentaire, de se tendre vers une fontaine changée en barrière d’orties ; plonger dans la boue, jusqu’à retrouver ce joyau de rédemption. Pour la beauté de l’acte, et par respect de ses propres valeurs d’âme, en ces temps où l’efficience du geste prime avant tout, où chaque mouvement doit être couronné de réussite. Toujours plus de mains qui s’enfouissent dans leurs poches de renoncement, viennent pendre quand il faut porter, prendre au lieu de poser. Couvrir les arrières plutôt que riposter.

Oser savoir perdre, pour mieux demeurer fidèle à soi-même. Oser même parfois être vain et inconséquent, le temps d’une simple bataille, puisqu’elle n’est pas la guerre entière. Oser ne pas chercher la justification, lorsque tout devient si violemment contradictoire, sali par les faits. Oser la grâce, le panache, le pied de nez du désespoir.

Tous ces gestes ne m’ont pas rendu le sens, ils n’ont pas suffit à guérir l’injustice. Mais souvent, ils m’auront protégé de l’absurde dévorant, en évacuant brièvement la laideur des circonstances, en lavant presque l’affront de cette fatalité sur un miraculeux chapitre de vie.

Pour la beauté du geste… de trop. Comme au fond chacun était en trop depuis le début, du premier regard d’amitié, au dernier message orphelin d’une réponse. Puisque seules les statues ne commettent jamais de faux-mouvement…  Sombre muse, je ne me laisserai pas encore figer cette fois.

Life is all about surviving… with a little death sometimes.

 

Survivre, ou disparaître. A chaque instant, en chaque endroit. Dans le luxe ou la pauvreté, dans la chaleur humaine, comme dans les bas-fonds de solitude. Cette vie terrestre n’est qu’une histoire de survivance : physique, matérielle, sociale, affective, spirituelle… On se tient juste plus ou moins près du seuil critique de non-retour, selon la perspective, selon nos propres repères, mais jamais à l’abri en tout cas.

C’est une gestion permanente de la distance qu’on maintient vis-à-vis de cette « mort », pluriforme. Et ceux qui excellent à préserver leur marge de sécurité s’imaginent seulement plus vivants, presque intouchables. Les autres tentent de retrouver comment ils se sentaient enfants, avant la conscience du mortel et du besoin de subsistance. Quand ils avaient trouvé le bonheur, celui qu’ils ne cherchaient pas encore, et qu’ils ne connaîtront plus.

Rien de si fatal, ni de trop sombre. En partant de ce simple constat, on découvre au contraire d’autant mieux comment supporter passionnément certaines pressions vitales, pour les rendre distrayantes, agréables. Ainsi, un repas devient le prétexte à bien d’autres enjeux que celui de s’alimenter ; tandis qu’on parle affaires, sentiments ou autres, un mouvement conditionné de fourchette repousse calmement le spectre de la sous-nutrition. Ni émoi, ni soulagement. On réchappe pourtant à la mort quotidiennement : rien qu’en refusant de bloquer sa respiration, en demeurant asservi à l’impulsion mentale envoyée du cerveau jusqu’à nos poumons, par exemple.

Tant d’efforts inconscients pour rester en vie… Alors qu’un nourrisson lui, admet rapidement le risque encouru s’il ne manifeste pas bruyamment son manque de nourriture. Peut-être se montre-t-il plus honnête et lucide qu’un adulte ne sera jamais, dans sa reconnaissance extrême des cycles de survivance. Pourtant ces mécanismes ne varient guère ; et à cette nécessité de boire, manger, respirer, d’évacuer certaines sécrétions organiques, s’en ajoutent d’autres ensuite, quand on commence juste à maîtriser les premières. Notre persistance à ne pas vouloir rompre la chaine vitale se transforme bientôt en véritable lutte, puis en une forme de concurrence souvent acerbe : la mort appartient à tout le monde, la vie se partage… Rarement équitablement, rarement comme un bon repas.

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De l’art de survivre en beauté, dignement. Sans gêner la survivance du voisin,  sans compromettre celle du suivant.  Mais en réalité, cette peur primale de mourir, physiquement ou socialement, conduira surtout beaucoup de gens à entraver leur destin de multiples compromis sécurisants, de contrats d’assistance commune, ou autres garanties de battements cardiaques jusqu’à 77 printemps…. Et sans obtenir cette assurance, alors ils retrouveront souvent en eux-mêmes les germes éteints d’une ancestralité barbare, guerrière. Ils fuiront vers des paradis artificiels, vers l’irréel, vers la folie salvatrice. N’importe quoi pour oublier cette dépendance à leur propre survie, cette aliénation en forme de « métier », de « famille », de « religion », ou d’un steak-frites… Les nouveaux-nés sont justes moins prétentieux. Les grévistes de la faim, moins soumis. Les suicidés, moins persévérants.

Vivre n’est qu’une question de survie. Avec seulement une « petite mort » de temps à autre, si délicieusement nommée. Savoir mourir, puis renaître, sans changer de corps. Physiologiquement, nous pouvons y parvenir. Et spirituellement ? La voici peut-être enfin notre dernière utopie, avant changement d’ère et de climat, avant le solde des comptes. Une belle ironie, pour un mammifère ayant traquer l’immortalité pendant si longtemps…

« Ending is the right beginning… You’re born when you learn to die »

Prière pour un mastering de -5 db à l’échelle planétaire

3

Prenez un morceau plutôt acoustique et apaisé, d’un disque encore récent ; mettons « Faust arp » sur le In Rainbows de Radiohead. Puis enchaînez-le avec un album noisy-rock du début des 90’s _disons Nervermind par exemple, mais sans toucher au volume… Au lieu d’une déflagration sonique attendue, vous devrez presque tendre l’oreille pour reconnaître l’intro guitare de Smells like teen spirit, avant l’explosion rythmique. Ou comment faire passer le mur du son Nirvanesque (période Butch Vig) pour une gentille production sous-vitaminée…

C’est un des aspects du travail de mastering en musique, qui détermine le niveau sonore final (autrement baptisé « puissance moyenne RMS« ) d’un enregistrement, avant pressage ou gravure. Et il a augmenté de manière spectaculaire depuis les 80’s jusqu’à aujourd’hui, des premiers CD’s  mis sur le marché jusqu’aux productions présentes. Le phénomène est déjà bien connu, ainsi beaucoup de techniciens audio s’alarment des dérives de ce crédo « toujours plus fort » qui prédomine dans l’industrie musicale, la sphère audiovisuelle. Ils pointent la dénaturation excessive engendrée par une trop grande compression du son, et l’usure auditive occasionnée par celle-ci. En effet, à mesure que la dynamique _écart entre les passages les plus faibles et les plus forts d’un morceau_ se réduit dans les musiques actuelles, elle engendre également une fatigue accrue de l’oreille humaine, souvent imperceptible aux premiers abords, mais bien réelle à terme.

Je n’écris pas ce post avec une quelconque démarche de « prévention auditive » à l’esprit : si les gens veulent flinguer leur tympans à coups de iPods réglés au maximum, ou en se délectant du concert de groupes tels que Mogwaï / My bloody Valentine sans bouchons, ça reste leur problème, leur liberté individuelle. Ce qui m’interpelle surtout, c’est plutôt dans quel contexte socio-technologique cette élévation progressive du niveau sonore musical s’inscrit, ce qu’elle révèle sur l’inconscient de nos sociétés développées, et les enjeux stratégiques masqués derrière cette bataille de décibels.

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En pleine période de guerre froide, c’était alors la course à qui produirait le maximum de têtes nucléaires, déjà une métaphore assez puérile du jeu de « celui qui pisse le plus loin« . Aujourd’hui on fabrique toujours des missiles, mais on « pisse » également des décibels à tout berzingue : guerre froide entre stations radio FM, entre chaines de télévisions, entre publicitaires (la joie de baisser le son à chaque coupure de pub pour éviter l’infarctus…). Entretemps, l’équipement électro-ménager aura aussi mis à mal nos fragiles esgourdes, à coups de lave-vaiselle, micro-ondes, de bourdonnements d’appareils seulement mis en veille, ou de PC aussi bruyants qu’un aspirateur, allumés toute la journée.

Dehors, ce n’est guère mieux. Il serait d’ailleurs intéressant de pouvoir comparer des mesures de pollution sonore en milieu urbain, du début du 20ème siècle à celles d’aujourd’hui. Disons à Paris, au hasard… Le meilleur moyen de réaliser comme on dresse nos oreilles à un bruit de fond permanent, reste évidemment une bonne immersion à la campagne, la nuit de préférence.  Dans la réalité du silence naturel, on s’entend même respirer ; on discerne le froissement des vêtements à chaque geste, on écouterait presque un coeur battre…

Sauf qu’un sifflement étrange émerge soudainement, et ne passe plus : celui que subissent presque tous les habitants en zone urbaine, à un degré différent : l’acouphène du monde moderne « civilisé », une note continue dont la perception trop accrue peut rendre littéralement fou. Elle est probablement la cause de plusieurs troubles nerveux, de diverses formes angoisses et autres tendances dépressives. Mais ça n’empêchera ni NRJ, ni TF1, de « booster » régulièrement la pause publicitaire ou le jingle de reconnaissance.

Ca n’empêche pas davantage une majorité des acteurs du milieu musical de vouloir encore produire plus de décibels qu’avant, comme s’il était impossible de monter simplement d’un cran le volume sur son appareil CD. Au contraire, nombre des exemples pré-cités justifie hélas en partie cette tendance à masteriser plus fort. Car désormais, on écoute rarement ses disques sur une bonne vieille chaine de salon ; mais par-dessus le ronron incessant d’un ordinateur, sur des enceintes souvent médiocres, en format mp3’s à la qualité aléatoire.

C’est aussi une bataille entre pages Myspace, comme pour le zapping d’une station FM à une autre : envoyer plus de son que le voisin. Il y a des formats, des impératifs, pour espérer accrocher l’oreille d’un programmateur, d’un directeur artistique. Alors on sacrifie encore davantage la dynamique des morceaux ; tant pis pour le passage calme après le 2ème refrain, ou l’intro crescendo des violons : « il faut que ça crache, coco ! »

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Et il n’y a pas seulement les musiciens qui veulent se faire entendre. Au fond, ce n’est qu’un reflet patent de notre état d’esprit de grands anxieux post-modernes. 6 milliards d’habitants, ça en fait un sacré boucan : qui m’écoutera chuchoter, quand tous les autres se parent d’un mégaphone ? Hausser le ton afin de se donner du courage, de la prestance, ou juste par un vieux réflexe de survie : 6 milliards de nourrissons qui braillent, de peur que maman oublie l’heure de la tétée… Bienvenu dans un futur monde de sourds et d’hystériques, où il restera seulement les films pour y voir 2 personnes parler à voix basse dans un café, un cinéma… En vrai, il faut hurler à l’oreille du voisin. Et c’est nettement moins romantique.

Voilà un peu comment je me sentais il y a quelques temps, dans mon home-studio de fortune, à finir le mastering de mon prochain album  _plus enclin aux ballades guitare-voix qu’à des titres dance-floor. La rue grouille de sons divers : du marteau-piqueur avoisinant, aux hurlements des enfants dans le square d’à côté ; quand un démarrage en trombe de moto ne vient pas recouvrir le tout… Mais finalement c’était peut-être le bon environnement sonore, en vue de confronter une oeuvre intimiste et nuancée à la réalité de ce qui l’attendra, une fois délivrée à son auditoire, souvent citadin, pressé, distrait.

J’ai mis d’autant plus la voix en avant, afin de m’épancher directement à l’oreille du mélomane, sans distance excessive. Les arrangements ne sont désormais qu’un luxe pour écoutes multiples. La nature m’ayant doté d’une tessiture assez grave, je dois d’abord compter sur le timbre si je veux attirer l’attention, et non sur la puissance vocale ou cette prédominance de l’aigu sur la mêlée des autres fréquences. Peut-être que dans 2 ou 3 siècles, ce type de voix ne sera même plus vraiment audible, à cause d’une mutation accélérée de l’ouïe humaine, en réponse à son propre environnement « naturel »… Il me reste encore quelques années devant moi, à défaut de postérité acoustique.

Tout en finalisant cet album, j’ai redécouvert à bon escient le très précieux disque de Beth Gibbons & Rustin man (la chanteuse de Portishead), Out of season, admirable de résistance au formatage de l’époque. Ici, le mastering rend honneur à la dynamique de chaque morceau, ne gomme aucune aspérités. La voix ressort de manière si évidente, si proche… Un contre-exemple sonore parfait, sans passéisme exagéré, visant seulement la justesse des intentions, pour une beauté… fidèle. Merci Beth.

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