Nick Cave & The bad Seeds : Push the sky away

par Jullian Angel

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Cachez cette toison pubienne que Facebook ne saurait voir… Comble du sexisme diront certains, on a donc floutté la jeune femme nue sur les encarts promo du nouveau Nick Cave & The Bad Seeds. Une seconde humiliation pour cette demoiselle (Miss Cave herself en réalité), déjà mortifiée d’avoir à prendre la porte sans même pouvoir se rhabiller. A moins qu’il s’agisse seulement de détourner l’attention. Car la gestuelle du chanteur n’est pas celle qu’on croit distinguer au départ _ l’index pointant la sortie. Si on agrandit l’image, c’est plutôt le pouce qui se détache, orienté vers le bas…  Pas de quoi rallier une féministe décidément.

Floutté ou non, il pourrait tout aussi bien tendre un majeur aux conventions de l’époque : sociales, graphiques et musicales. Artwork ultra-vintage, costard trois pièces toujours impeccable : Nick Cave serait donc le dernier grand monsieur du rock, dans toute sa superbe. La moustache de Grinderman en moins… Encore un leurre pourtant. Ce 15ème opus ne le voit que très rarement bomber le torse ou hausser le ton.  Au contraire, Push the sky away avance à pas mesurés, presque modestement, jamais sûr de son effet. Soutenus par les boucles savantes de Warren Ellis, Cave tient l’album à bout de textes, colmatant souvent les brèches d’un simple élan narratif.

S’il y a mise à nu en réalité, c’est plutôt celle d’un auteur, avec ses musiciens, résolus à exprimer une nouvelle palette sonore, au relief plus subtil. Quitte à frustrer la première écoute et décourager les suivantes. D’ailleurs, les quelques bootlegs entendus depuis la sortie confirment cette impression. Jouant l’intégralité du disque en ouverture, le groupe peine à transcender l’arrangement studio, malgré un renfort de cordes et une chorale d’enfants (!?). Mais il peut heureusement compter sur le déjà classique Jubilee street, l’un des meilleurs singles du début 2013. Tant musicalement que pour la superbe vidéo signée John Hillcoat, toute en vulnérabilité masculine, même si la nudité demeure féminine à l’écran.

Cette fêlure, qui imprègne l’album jusqu’à son bouquet final. Comme sur le très imagé Higgs Boson blues, où l’Australien effleure sa propre crise de foi, devant une échelle des valeurs toujours plus compressée (« Who cares what the future brings ?« ). ll achève ensuite de nous convaincre, par un murmure d’impuissance _non résignée_ en forme de litanie crépusculaire (Push the sky away).  « And some people say it’s just rock’n’roll, but it gets you right down to your soul ». On oublierait presque à quel point cette rime reste riche. Pas eux. Pas lui.

(Chronique publiée à l’origine sur le fanzine La Feuille de Route)

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