Electrick Cave

par Jullian Angel

Route du Rock 2013(Photo :  Romain S. Donadio)

(Live-report du concert de Nick Cave & The Bad Seeds au festival de La Route du Rock, le 15 août 2013)

« Now we’re getting rid of the photographers ». Un morceau de mise en jambes, le temps d’évacuer les photographes du bord de scène, et Nick Cave déchaine ensuite son implacable emprise live, d’une poigne si vigoureuse qu’elle laissera une partie du public groggy dès le 1er round (Jubilee Street enchainé à From her to eternity, soit 30 années de carrière symbolisées en deux titres). Il est 22h4O, une ombre titanesque plane sur le Fort Saint-Père. Les vieux démons sont de sortie : amours obsessionnels, crises de foi, et autres contes de tueurs en série (Stagger Lee). Que des chansons aussi littéraires fascinent à ce point un public peu anglophone, en dit long sur l’aura dégagée par l’Australien, et l’incarnation instrumentale qu’apportent ses Bad Seeds _ un peu trop bridés ce soir certes, tant la voix dominait les débats.

Quelque part au dixième rang, j’assiste alors à un véritable phénomène chamanique, extrême, voire suffocant. Mais je dévisage un simple mortel penché sur la foule, pas une quelconque divinité. Sueur, crachats, exultations féroces, micro flanqué par terre ; Nick Cave force tellement son étreinte vocale qu’il en chante un peu à côté parfois, déboussolant ses propres morceaux, qui s’étirent, respirent, puis redémarrent encore, au risque d’user le spectateur. C’est qu’on ose encore chercher sans forcément atteindre, dans ce groupe, au lieu d’aboutir avant d’avoir commencer à chercher, comme le font trop de performers actuels sur scène.

Maîtrise et démesure forment un couple indissociable dans l’essence créative du rock. Et plus que jamais, il y est question d’orgueil, de mort, de muses, de survivance… Une histoire vieille comme le monde, mais je n’ai rien vu d’aussi magnifiquement humain en concert depuis longtemps. « And I’m not afraid to die ». La chaise du pardon peut toujours attendre : on y expédiera bien des prophètes-chanteurs factices avant d’y attacher monsieur Cave.

(Article publié à l’origine sur le fanzine La Feuille de Route)

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