Spoken noise

par Jullian Angel

Enablers @ La Malterie (Lille)(Photo : Dorothée Caratini)

Live-report du concert Enablers / Binidu à la Malterie (Lille), le 6 mai 2013.

Un lundi soir de mai, et cette lumière printanière qui s’attarde, comme pour mieux réduire les chances d’une Malterie bien remplie. Au bar encore désert, je fustige le passage à l’heure d’été, dont pâtissent les concerts en fin de saison, puis commande un premier vin blanc. « Où est passé le tire-bouchon ? », s’énerve Sainto, régisseur et âme nocturne du lieu. On lance bientôt un avis de recherche, couvrant plusieurs étages. Les murs en trembleraient presque. Alors pour tempérer son agacement, mon interlocuteur décide de sortir une bière du frigo _une Stella, totalement congelée. Piètre entame de soirée décidément.

L’arrivée d’Enablers efface vite ces quelques turpitudes, malgré l’absence d’une salle chauffée à blanc. Vu à la Péniche fin 2011, le quatuor indie-rock de Chicago revient cette fois en duo, sans batterie, toujours aussi habité pourtant. Un long morceau donne le ton en ouverture, sombre, voire oppressant même. Goldring et sa guitare opiniâtre, portent le spoken word de Pete Simonelli, jamais bien loin d’une poussée d’adrénaline. Mais ce soir, notre poète-vocaliste prend son temps pour dégivrer l’ambiance (ou les bières d’ailleurs). Sûr de son charisme, il occupe savamment l’espace, ménage les creux, les attentes. C’est un félin en approche, qui trépigne, louvoie, avant de fixer brusquement un projecteur, témoin passif de cette narration acérée d’une certaine Amérique alternative.

Invités en renfort pour conclure, les trois Binidu (deux membres de Pneu, un de Fordamage) réveille enfin la part incandescente d’Enablers, sous un déluge sonore épique. Et on se remet à peine, lorsque déjà le combo nantais aborde son propre set, encore assez court _leur premier opus sort en juin. Pourtant au fil des morceaux, Binidu affiche une telle ardeur qu’il est difficile de rester sceptique, surtout après dix bonnes minutes d’un final noise intense. J’en oublierais presque d’acheter le dernier Enablers avant de partir, directement à Mr Simonelli. Celui-ci me confirme leur probable retour cet automne, et avisant ma tenue, me gratifie d’un « I like your jacket !» au passage. Définitivement un homme de classe. Thank you, Pete.

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