Life is all about surviving… with a little death sometimes.

par Jullian Angel

 

Survivre, ou disparaître. A chaque instant, en chaque endroit. Dans le luxe ou la pauvreté, dans la chaleur humaine, comme dans les bas-fonds de solitude. Cette vie terrestre n’est qu’une histoire de survivance : physique, matérielle, sociale, affective, spirituelle… On se tient juste plus ou moins près du seuil critique de non-retour, selon la perspective, selon nos propres repères, mais jamais à l’abri en tout cas.

C’est une gestion permanente de la distance qu’on maintient vis-à-vis de cette « mort », pluriforme. Et ceux qui excellent à préserver leur marge de sécurité s’imaginent seulement plus vivants, presque intouchables. Les autres tentent de retrouver comment ils se sentaient enfants, avant la conscience du mortel et du besoin de subsistance. Quand ils avaient trouvé le bonheur, celui qu’ils ne cherchaient pas encore, et qu’ils ne connaîtront plus.

Rien de si fatal, ni de trop sombre. En partant de ce simple constat, on découvre au contraire d’autant mieux comment supporter passionnément certaines pressions vitales, pour les rendre distrayantes, agréables. Ainsi, un repas devient le prétexte à bien d’autres enjeux que celui de s’alimenter ; tandis qu’on parle affaires, sentiments ou autres, un mouvement conditionné de fourchette repousse calmement le spectre de la sous-nutrition. Ni émoi, ni soulagement. On réchappe pourtant à la mort quotidiennement : rien qu’en refusant de bloquer sa respiration, en demeurant asservi à l’impulsion mentale envoyée du cerveau jusqu’à nos poumons, par exemple.

Tant d’efforts inconscients pour rester en vie… Alors qu’un nourrisson lui, admet rapidement le risque encouru s’il ne manifeste pas bruyamment son manque de nourriture. Peut-être se montre-t-il plus honnête et lucide qu’un adulte ne sera jamais, dans sa reconnaissance extrême des cycles de survivance. Pourtant ces mécanismes ne varient guère ; et à cette nécessité de boire, manger, respirer, d’évacuer certaines sécrétions organiques, s’en ajoutent d’autres ensuite, quand on commence juste à maîtriser les premières. Notre persistance à ne pas vouloir rompre la chaine vitale se transforme bientôt en véritable lutte, puis en une forme de concurrence souvent acerbe : la mort appartient à tout le monde, la vie se partage… Rarement équitablement, rarement comme un bon repas.

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De l’art de survivre en beauté, dignement. Sans gêner la survivance du voisin,  sans compromettre celle du suivant.  Mais en réalité, cette peur primale de mourir, physiquement ou socialement, conduira surtout beaucoup de gens à entraver leur destin de multiples compromis sécurisants, de contrats d’assistance commune, ou autres garanties de battements cardiaques jusqu’à 77 printemps…. Et sans obtenir cette assurance, alors ils retrouveront souvent en eux-mêmes les germes éteints d’une ancestralité barbare, guerrière. Ils fuiront vers des paradis artificiels, vers l’irréel, vers la folie salvatrice. N’importe quoi pour oublier cette dépendance à leur propre survie, cette aliénation en forme de « métier », de « famille », de « religion », ou d’un steak-frites… Les nouveaux-nés sont justes moins prétentieux. Les grévistes de la faim, moins soumis. Les suicidés, moins persévérants.

Vivre n’est qu’une question de survie. Avec seulement une « petite mort » de temps à autre, si délicieusement nommée. Savoir mourir, puis renaître, sans changer de corps. Physiologiquement, nous pouvons y parvenir. Et spirituellement ? La voici peut-être enfin notre dernière utopie, avant changement d’ère et de climat, avant le solde des comptes. Une belle ironie, pour un mammifère ayant traquer l’immortalité pendant si longtemps…

« Ending is the right beginning… You’re born when you learn to die »

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