Pour la beauté du geste…

•novembre 25, 2009 • Laisser un commentaire

Je ne suis pas né de marbre. Et je n’ai pas été changé en statue de sel. Certains mouvements sont juste plus difficiles que d’autres, comme orienter le corps afin qu’il garde une trajectoire sans virages forcés, ni fausses routes. Comme aiguiller l’esprit vers ce musée des souvenirs, tout en esquivant dans chaque pièce les “pourquoi ?” trop envahissants. Je suis né les yeux grands ouverts. Avec une mémoire déjà à vif.

Pour se souvenir, donc. Et pour la beauté du geste…  Car cette marionnette refuse d’obéir à ses fils. L’automate reste blessé, mais encore sans haine. Alors il agite des offrandes, souvent pathétiques, sur l’autel du pardon et de la transcendance. Un brin d’élégance de soie autour d’une chair d’amertume, l’hommage d’un romantique malgré-lui à ce vécu, si intensément partagé. Tandis qu’une main encourage l’auto-flagellation, l’autre a vite fait de commettre son imprudence, cacheté l’enveloppe, posté le message. Maintes fois on l’y a déjà repris, à venir tendre un présent, ou esquisser une caresse, même s’attarder sur une chevelure interdite. Quand elle ne trépigne pas à chercher les mots justes, pour le petit billet qui accompagnera ces quelques tiges de splendeur éphémère…

Cette main-là s’est brûlée au delà du raisonnable. Mais elle ne veut ni cicatriser, ni manier le fer, ni former de signe d’adieu. Elle doit rester libre d’encourir une arabesque supplémentaire, de se tendre vers une fontaine changée en barrière d’orties ; plonger dans la boue, jusqu’à retrouver ce joyau de rédemption. Pour la beauté de l’acte, et par respect de ses propres valeurs d’âme, en ces temps où l’efficience du geste prime avant tout, où chaque mouvement doit être couronné de réussite. Toujours plus de mains qui s’enfouissent dans leurs poches de renoncement, viennent pendre quand il faut porter, prendre au lieu de poser. Couvrir les arrières plutôt que riposter.

Oser savoir perdre, pour mieux demeurer fidèle à soi-même. Oser même parfois être vain et inconséquent, le temps d’une simple bataille, puisqu’elle n’est pas la guerre entière. Oser ne pas chercher la justification, lorsque tout devient si violemment contradictoire, sali par les faits. Oser la grâce, le panache, le pied de nez du désespoir.

Tous ces gestes ne m’ont pas rendu le sens, ils n’ont pas suffit à guérir l’injustice. Mais souvent, ils m’auront protégé de l’absurde dévorant, en évacuant brièvement la laideur des circonstances, en lavant presque l’affront de cette fatalité sur un miraculeux chapitre de vie.

Pour la beauté du geste… de trop. Comme au fond chacun était en trop depuis le début, du premier regard d’amitié, au dernier message orphelin d’une réponse. Puisque seules les statues ne commettent jamais de faux-mouvement…  Sombre muse, je ne me laisserai pas encore figer cette fois.

Le Dormeur du Val…

•novembre 21, 2009 • 2 commentaires

(see english version below)

Sous l’inspiration d’un célèbre poème d’Arthur Rimbaud sur la guerre, le vidéaste Lacrymosa a réalisé ce photomontage du même titre, en écho avec le thème et la musique du morceau Some dead survive (issu de l’album Life was the answer). Le “Dormeur du Val” fait également partie d’une mini-série de films très courts, intitulée “Si les arbres pouvaient parler…”.

Vous trouverez plus d’informations sur le site de Lacrymosa.
Voir également le site Entropy killed the cat (cinéma libre).

Un grand merci à Stéphane Drouot, pour sa créativité et sa générosité.

A noter que cette vidéo est placée sous licence libre, Creative Commons, By

Following the lyrics of a famous Arthur Rimbaud’s poem, the French movie maker Lacrymosa directed and produced this short film, using Some dead survive (taken from Life was the answer Lp) as its soundtrack. Both texts are written about the war, in a different specific way.

More informations on Lacrymosa’s website.
You may check out this website too.

Thanks to Stéphane Drouot, for his great creativity and generosity.

This video is under a free license, Creative Commons, By.

DRUGS

•novembre 10, 2009 • Laisser un commentaire

You are a feeling that blows up my life,
A tortuous needing I wish I could knife…
Still they did warn me, when I roved at school.
The teacher told this : “You’re lost, without rules !

But then I stole a devil’s glove,
To wipe the scald of my banished love…

I once was told,
But it’s stonger than I am.
My troubles have feelings,
They love you and all forbidden things, to death.

You are the ceiling that hangs up my rope…
I’m softly swinging,
Just like they were, till I made them fall.
To get relieved, I paid with my freedom.

How will I touch the heaven’s gold ?
I want your stuff, as I face the cold.

You gave too much,
Now it’s stronger than I am.
My troubles have feelings,
They love you, like everybody loves, to death.

And I don’t know if it’s a dream,
Anyway that was such a trip
To love you, my one addiction,
Right to death.

(Growin’ over your walls, I’ll find a way)


(subtitles for a piece of music that you may hear on this page)

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Les goûts, les couleurs… Les sons, les reverbs…

•octobre 30, 2009 • Laisser un commentaire

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En plein travail de mixage final, puis de mastering, l’oreille humaine devient parfois un véritable petit dictateur, qui désigne le bon goût musical au détriment de tout ressenti émotionnel et physique. Elle vous dit quel son aimer, quelle fréquence enlever ou mettre en avant ; elle peut faire d’une nuance légère entre deux réverbérations un immense fossé, à même de gâcher le morceau entier.

Dans cette période délicate, on renonce presque automatiquement au simple plaisir de mélomane, tant il est difficile de retrouver une écoute “normale” sans analyser chaque son, derrière chaque instrument… L’oreille est prise dans une stimulation intellectuelle intense, épuisante mais très instructive. On se prend donc au jeu : tout en finalisant un nouvel opus, pourquoi ne pas également ressortir quelques disques de chevets, à passer au crible de cette écoute neuve et tellement plus affinée ? Des albums qu’on croyait connaître par coeur depuis longtemps, révèlent alors bien d’autres pistes fantômes, ou aspérités maquillées.

Parfois, l’expérience s’avère assez ingrate. Et on constate un peu frustré la distance que le temps met avec certaines oeuvres, très familières. Le Grace de Jeff Buckley par exemple, disque ô combien abouti dans sa quête de perfection esthétique et d’un certain classicisme pop-rock , mais un peu trop froid et “figé” à la réécoute. On se surprend à faire la moue devant ce son, si cristallin, cette manière de rendre le chant encore plus aérien et suspendu qu’il n’est naturellement. “Hallelujah”, déjà maintes fois entendue, résonne presque désagréablement, surtout via des enceintes de monitoring faisant encore plus ressortir les “sifflantes” de la piste vocale, gorgées d’une trop grossière reverb de chapelle.

Mais au delà d’une approche purement savante et technique, cette écoute vous plonge aussi davantage au coeur de l’humain paradoxalement, de sa subjectivité créationelle que tout influence : le temps, l’humeur, le vécu, la santé, l’âge, le sexe, ou le café du matin… Les machines n’ont pas encore eu le dernier mot, et aucune réalisation musicale ne saurait être guidée uniquement par une forme d’”objectivité technologique”. De même qu’aucun musicien ne détient l’équation sonore parfaite qui mettrait tout le monde d’accord dans la sphère audiophile. Pour un domaine réputé aussi pointu, le rôle exercé par tant de paramètres humains reste frappant. Les supports d’écoute ont beau être des appareils à qui il faut parler un langage de fréquences précis, l’homme a lui une oreille des plus incertaines, volubile, évolutive.

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Tout travail de mixage est éminemment psychologique. Un simple morceau de 3.30 en dira souvent plus sur ses géniteurs que 10 séances d’analyse chez un psy… Evidemment, c’est d’autant plus valable pour une oeuvre dont le créateur a mené lui-même l’enregistrement et la finalisation. A ce titre, l’auteur de ce post ne pouvait que devenir enfin son propre sujet d’observation… Et tout en croyant naïvement mettre mon précédent album sur une platine CD_pour diverses comparaisons utiles avec le prochain, alors en cours d’aboutissement ; c’est bien sur un divan que j’ai installé mon passé discographique. “…Je vous écoute…“.

Révélations garanties. D’autant que je n’avais pas redécouvert ce fruit d’1 an et demi de travail, baptisé Life was the answer, depuis au moins 6 mois… Sans la même acuité auditive surtout. Ce fût passionnant d’initier un genre de psychanalyse sonore à postériori, de mesurer le lien intense entre le son qu’on peut produire et sa propre psyché, hors du contexte matériel et musical justement. Tout est parlant, du son de guitare acoustique choisi aux différentes reverbs placées sur la voix. Et on se trouve déjà un brin étranger à soi-même, comme sur une photo légèrement datée… Mais ça n’a rien d’un jugement : il faut accepter l’influence d’une période de création sur son résultat final, qui lui n’aura plus moyen ensuite de se défendre face aux outrages éventuels du temps, ou le désaveu possible de son auteur.

Au jeu du “si c’était à refaire”, on manifeste beaucoup de vigueur en général. Même sans se déjuger, il y a toujours des éléments qu’on actionnerait différemment aujourd’hui. Mais dans mon cas de figure, j’ai vraiment eu la sensation d’être face à une progéniture sonore résolument intègre et cohérente. Il y a certaines puretés d’intention qu’on ne remixe pas…

D’ailleurs, on ignore au fond si notre inspiration récente donne le coup de vieux à la précédente, ou justement l’inverse. En l’occurrence, ma propre voix d’il y a seulement 3 ans, me semble déjà plus “jeune” à la réécoute. On sent l’énorme ferveur et toute l’adrénaline contenue derrière chaque séance d’enregistrement ; cela apporte une tension encore assez virginale au chant, même dans les intonations plus graves.  Et là aussi, l’habillage effectué au mixage en apprend énormément : il vient maintenir une certaine distanciation avec le monde externe, à travers des arrangements “flottants”, volontairement éthérés, suspendus…

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“D’où parles-tu ?”.  Pour choisir comment faire sonner un album, voilà sans doute la première question à se poser. Je n’aurais pas encore été capable de murmurer au creux d’une oreille pour ce disque-là, ou de mettre le chanteur à pied d’égalité avec le songwriter et le producteur. Ce chant délivrait beaucoup de messages, d’informations, tout en protégeant farouchement ses sources. Ainsi, la tonalité de cette aventure solitaire représente vraiment la somme de toute une mystique et mythologie personnelle, qui remontent bien avant la période de création concernée.

Peut-être est-ce la définition d’une vraie forme d’intemporalité… qu’on ne peut fabriquer à la prise de son ou au mixage, puisque seul le vécu la façonne justement. Mais c’est beau aussi de “vieillir”, en un sens.  Quand le meilleur synonyme du verbe reste “évoluer”, et non forcément “mûrir” (davantage une obsession de chroniqueurs musicaux…).  Rien n’est gravé dans le marbre, ni sa perception d’un travail artistique, ni les tendances esthétiques d’une époque. Quand on affirme que “ça a vieilli” _comme souvent à la redécouverte d’une oeuvre, c’est justement l’inverse : on a vieilli. Et le monde avec nous.

Les artistes sont des mères dont les enfants naissent et ne grandiront plus…

Life is all about surviving… with a little death sometimes.

•octobre 24, 2009 • Laisser un commentaire

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Survivre, ou disparaître. A chaque instant, en chaque endroit. Dans le luxe ou la pauvreté, dans la chaleur humaine, comme dans les bas-fonds de solitude. Cette vie terrestre n’est qu’une histoire de survivance : physique, matérielle, sociale, affective, spirituelle… On se tient juste plus ou moins près du seuil critique de non-retour, selon la perspective, selon nos propres repères, mais jamais à l’abri en tout cas.

C’est une gestion permanente de la distance qu’on maintient vis-à-vis de cette “mort”, pluriforme. Et ceux qui excellent à préserver leur marge de sécurité s’imaginent seulement plus vivants, presque intouchables. Les autres tentent de retrouver comment ils se sentaient enfants, avant la conscience du mortel et du besoin de subsistance. Quand ils avaient trouvé le bonheur, celui qu’ils ne cherchaient pas encore, et qu’ils ne connaîtront plus.

Rien de si fatal, ni de trop sombre. En partant de ce simple constat, on découvre au contraire d’autant mieux comment supporter passionnément certaines pressions vitales, pour les rendre distrayantes, agréables. Ainsi, un repas devient le prétexte à bien d’autres enjeux que celui de s’alimenter ; tandis qu’on parle affaires, sentiments ou autres, un mouvement conditionné de fourchette repousse calmement le spectre de la sous-nutrition. Ni émoi, ni soulagement. On réchappe pourtant à la mort quotidiennement : rien qu’en refusant de bloquer sa respiration, en demeurant asservi à l’impulsion mentale envoyée du cerveau jusqu’à nos poumons, par exemple.

Tant d’efforts inconscients pour rester en vie… Alors qu’un nourrisson lui, admet rapidement le risque encouru s’il ne manifeste pas bruyamment son manque de nourriture. Peut-être se montre-t-il plus honnête et lucide qu’un adulte ne sera jamais, dans sa reconnaissance extrême des cycles de survivance. Pourtant ces mécanismes ne varient guère ; et à cette nécessité de boire, manger, respirer, d’évacuer certaines sécrétions organiques, s’en ajoutent d’autres ensuite, quand on commence juste à maîtriser les premières. Notre persistance à ne pas vouloir rompre la chaine vitale se transforme bientôt en véritable lutte, puis en une forme de concurrence souvent acerbe : la mort appartient à tout le monde, la vie se partage… Rarement équitablement, rarement comme un bon repas.

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De l’art de survivre en beauté, dignement. Sans gêner la survivance du voisin,  sans compromettre celle du suivant.  Mais en réalité, cette peur primale de mourir, physiquement ou socialement, conduira surtout beaucoup de gens à entraver leur destin de multiples compromis sécurisants, de contrats d’assistance commune, ou autres garanties de battements cardiaques jusqu’à 77 printemps…. Et sans obtenir cette assurance, alors ils retrouveront souvent en eux-mêmes les germes éteints d’une ancestralité barbare, guerrière. Ils fuiront vers des paradis artificiels, vers l’irréel, vers la folie salvatrice. N’importe quoi pour oublier cette dépendance à leur propre survie, cette aliénation en forme de “métier”, de “famille”, de “religion”, ou d’un steak-frites… Les nouveaux-nés sont justes moins prétentieux. Les grévistes de la faim, moins soumis. Les suicidés, moins persévérants.

Vivre n’est qu’une question de survie. Avec seulement une “petite mort” de temps à autre, si délicieusement nommée. Savoir mourir, puis renaître, sans changer de corps. Physiologiquement, nous pouvons y parvenir. Et spirituellement ? La voici peut-être enfin notre dernière utopie, avant changement d’ère et de climat, avant le solde des comptes. Une belle ironie, pour un mammifère ayant traquer l’immortalité pendant si longtemps…

“Ending is the right beginning… You’re born when you learn to die”

Prière pour un mastering de -5 db à l’échelle planétaire

•octobre 17, 2009 • 3 commentaires

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Prenez un morceau plutôt acoustique et apaisé, d’un disque encore récent ; mettons “Faust arp” sur le In Rainbows de Radiohead. Puis enchaînez-le avec un album noisy-rock du début des 90’s _disons Nervermind par exemple, mais sans toucher au volume… Au lieu d’une déflagration sonique attendue, vous devrez presque tendre l’oreille pour reconnaître l’intro guitare de Smells like teen spirit, avant l’explosion rythmique. Ou comment faire passer le mur du son Nirvanesque (période Butch Vig) pour une gentille production sous-vitaminée…

C’est un des aspects du travail de mastering en musique, qui détermine le niveau sonore final (autrement baptisé “puissance moyenne RMS“) d’un enregistrement, avant pressage ou gravure. Et il a augmenté de manière spectaculaire depuis les 80’s jusqu’à aujourd’hui, des premiers CD’s  mis sur le marché jusqu’aux productions présentes. Le phénomène est déjà bien connu, ainsi beaucoup de techniciens audio s’alarment des dérives de ce crédo “toujours plus fort” qui prédomine dans l’industrie musicale, la sphère audiovisuelle. Ils pointent la dénaturation excessive engendrée par une trop grande compression du son, et l’usure auditive occasionnée par celle-ci. En effet, à mesure que la dynamique _écart entre les passages les plus faibles et les plus forts d’un morceau_ se réduit dans les musiques actuelles, elle engendre également une fatigue accrue de l’oreille humaine, souvent imperceptible aux premiers abords, mais bien réelle à terme.

Je n’écris pas ce post avec une quelconque démarche de “prévention auditive” à l’esprit : si les gens veulent flinguer leur tympans à coups de iPods réglés au maximum, ou en se délectant du concert de groupes tels que Mogwaï / My bloody Valentine sans bouchons, ça reste leur problème, leur liberté individuelle. Ce qui m’interpelle surtout, c’est plutôt dans quel contexte socio-technologique cette élévation progressive du niveau sonore musical s’inscrit, ce qu’elle révèle sur l’inconscient de nos sociétés développées, et les enjeux stratégiques masqués derrière cette bataille de décibels.

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En pleine période de guerre froide, c’était alors la course à qui produirait le maximum de têtes nucléaires, déjà une métaphore assez puérile du jeu de “celui qui pisse le plus loin“. Aujourd’hui on fabrique toujours des missiles, mais on “pisse” également des décibels à tout berzingue : guerre froide entre stations radio FM, entre chaines de télévisions, entre publicitaires (la joie de baisser le son à chaque coupure de pub pour éviter l’infarctus…). Entretemps, l’équipement électro-ménager aura aussi mis à mal nos fragiles esgourdes, à coups de lave-vaiselle, micro-ondes, de bourdonnements d’appareils seulement mis en veille, ou de PC aussi bruyants qu’un aspirateur, allumés toute la journée.

Dehors, ce n’est guère mieux. Il serait d’ailleurs intéressant de pouvoir comparer des mesures de pollution sonore en milieu urbain, du début du 20ème siècle à celles d’aujourd’hui. Disons à Paris, au hasard… Le meilleur moyen de réaliser comme on dresse nos oreilles à un bruit de fond permanent, reste évidemment une bonne immersion à la campagne, la nuit de préférence.  Dans la réalité du silence naturel, on s’entend même respirer ; on discerne le froissement des vêtements à chaque geste, on écouterait presque un coeur battre…

Sauf qu’un sifflement étrange émerge soudainement, et ne passe plus : celui que subissent presque tous les habitants en zone urbaine, à un degré différent : l’acouphène du monde moderne “civilisé”, une note continue dont la perception trop accrue peut rendre littéralement fou. Elle est probablement la cause de plusieurs troubles nerveux, de diverses formes angoisses et autres tendances dépressives. Mais ça n’empêchera ni NRJ, ni TF1, de “booster” régulièrement la pause publicitaire ou le jingle de reconnaissance.

Ca n’empêche pas davantage une majorité des acteurs du milieu musical de vouloir encore produire plus de décibels qu’avant, comme s’il était impossible de monter simplement d’un cran le volume sur son appareil CD. Au contraire, nombre des exemples pré-cités justifie hélas en partie cette tendance à masteriser plus fort. Car désormais, on écoute rarement ses disques sur une bonne vieille chaine de salon ; mais par-dessus le ronron incessant d’un ordinateur, sur des enceintes souvent médiocres, en format mp3’s à la qualité aléatoire.

C’est aussi une bataille entre pages Myspace, comme pour le zapping d’une station FM à une autre : envoyer plus de son que le voisin. Il y a des formats, des impératifs, pour espérer accrocher l’oreille d’un programmateur, d’un directeur artistique. Alors on sacrifie encore davantage la dynamique des morceaux ; tant pis pour le passage calme après le 2ème refrain, ou l’intro crescendo des violons : “il faut que ça crache, coco !

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Et il n’y a pas seulement les musiciens qui veulent se faire entendre. Au fond, ce n’est qu’un reflet patent de notre état d’esprit de grands anxieux post-modernes. 6 milliards d’habitants, ça en fait un sacré boucan : qui m’écoutera chuchoter, quand tous les autres se parent d’un mégaphone ? Hausser le ton afin de se donner du courage, de la prestance, ou juste par un vieux réflexe de survie : 6 milliards de nourrissons qui braillent, de peur que maman oublie l’heure de la tétée… Bienvenu dans un futur monde de sourds et d’hystériques, où il restera seulement les films pour y voir 2 personnes parler à voix basse dans un café, un cinéma… En vrai, il faut hurler à l’oreille du voisin. Et c’est nettement moins romantique.

Voilà un peu comment je me sentais il y a quelques temps, dans mon home-studio de fortune, à finir le mastering de mon prochain album  _plus enclin aux ballades guitare-voix qu’à des titres dance-floor. La rue grouille de sons divers : du marteau-piqueur avoisinant, aux hurlements des enfants dans le square d’à côté ; quand un démarrage en trombe de moto ne vient pas recouvrir le tout… Mais finalement c’était peut-être le bon environnement sonore, en vue de confronter une oeuvre intimiste et nuancée à la réalité de ce qui l’attendra, une fois délivrée à son auditoire, souvent citadin, pressé, distrait.

J’ai mis d’autant plus la voix en avant, afin de m’épancher directement à l’oreille du mélomane, sans distance excessive. Les arrangements ne sont désormais qu’un luxe pour écoutes multiples. La nature m’ayant doté d’une tessiture assez grave, je dois d’abord compter sur le timbre si je veux attirer l’attention, et non sur la puissance vocale ou cette prédominance de l’aigu sur la mêlée des autres fréquences. Peut-être que dans 2 ou 3 siècles, ce type de voix ne sera même plus vraiment audible, à cause d’une mutation accélérée de l’ouïe humaine, en réponse à son propre environnement “naturel”… Il me reste encore quelques années devant moi, à défaut de postérité acoustique.

Tout en finalisant cet album, j’ai redécouvert à bon escient le très précieux disque de Beth Gibbons & Rustin man (la chanteuse de Portishead), Out of season, admirable de résistance au formatage de l’époque. Ici, le mastering rend honneur à la dynamique de chaque morceau, ne gomme aucune aspérités. La voix ressort de manière si évidente, si proche… Un contre-exemple sonore parfait, sans passéisme exagéré, visant seulement la justesse des intentions, pour une beauté… fidèle. Merci Beth.

AN EVERLASTING BREATH

•octobre 8, 2009 • Laisser un commentaire

I have grown a skinny chest,
Till my bones are making flesh.
And the one that was deadly tied,
Is nevermore afraid.

There, I knew my fate was sealed,
When I saw my brothers killed.
Yet the force of my hope was tried,
And soon will raise the dead.
Soon, I’ll raise the dead.

I’ve been crying for a choice.
Did you hear that broken voice,
While they hurt my unruly spine ?
I prayed it was the end.

And I’d lost my dignity,
But I still had a destiny.
On my own, would I cross the line,
And soon I’ll wake the dead.
Yes, soon I’ll raise the dead.

I hear the ones who’ve fallen,
Telling me the world’s forgiven.
And I still wonder why it should ever be.

So, your angels never came
For the numbers without names.
Now, they’re drawing all through my lungs
An everlasting breath.

And the times may hear us call.
The jailor will not break his fall,
When the freedom that we had sung
Finally takes the head.

And then, I’ll raise the dead.

I hear the ones who’ve fallen,
Telling me the world’s forgiven.
And I still wonder why it should ever be.

(subtitles for a piece of music that you may hear on this page)

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Les morts portent aussi le deuil des vivants…

•octobre 5, 2009 • Laisser un commentaire

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A qui s’adresse-t-on, quand il n’y a personne autour ? Seul, en ces moments un peu fragiles de vacuité quotidienne, entre deux activités, deux décisions ; vers quelle personne fictive s’épancher pour une conversation mentale imaginaire ?

Chaque journée contient son lot de transitions, tous ces creux réguliers qu’on finit par redouter. Comme la simple durée d’un repas, d’une douche, d’une demi-heure de ménage ; lorsqu’on devrait juste ne penser à rien, vider l’esprit déjà trop sollicité par ailleurs, ou alors se concentrer sur une question précise, une équation de vie à résoudre. Mais on laisse nos pensées dériver, avec le soulagement illusoire de ne plus devoir les canaliser, enfin. Car c’est un repos à double-tranchant : l’inconscient est un petit dictateur sournois, bien plus dangereux que cette réflexion disciplinée qu’on s’impose, le reste de notre temps éveillé.

On passe du pilotage au pilonnage automatique, de toutes les tracasseries du moment bien sûr _qui restent souvent à portée de résolution ; mais plus durement par l’ombre envahissante d’un brusque souvenir, du nerf traumatique ravivé. Nos démons sont encore plus seuls que nous : une fois réveillés, il faut leur parler.

Alors bien souvent, je parle à ce même fantôme, celui de l’absente, et du corps disparu. Je communique avec à un souvenir, tout en cherchant malgré moi à rendre la conversation très actuelle, intensément et douloureusement crédible. Je projette chaque vision des choses, de la plus pessimiste à la plus rédemptrice. Et même dans ce flot de confusion libéré, j’y censure les fantasmes trop grossiers, ou un dialogue trop irréaliste. C’est comme si mon inconscient m’interdisait de tricher avec l’histoire, avec mes propres sentiments, sans pourtant me laisser reprendre le contrôle et exhumer le cadavre toujours chaud d’une poignante réalité.

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L’errance peut ainsi durer une trentaine de secondes, cinq minutes, un quart d’heure, une heure parfois… Je ne me sens pas si mal au départ, tout dépend du film projeté, de ce dialogue entamé. Puis ma respiration se bloque peu à peu, je poursuis machinalement le cours de mes gestes ménagers, souvent routiniers, et d’autres symptômes physiques surviennent alors, si je m’attarde encore sur cette vision : la colère, l’angoisse, le désir, une insondable détresse…  Mon sang retrouve ses droits, il connaît chaque épisode du feuilleton par coeur.

Heureusement, cette petite bulle finit par éclater. D’une voix sévère, la mère conscience sermonne le vagabond, le rappelant à l’ordre, sans grande illusion et assez hypocritement au fond : pourquoi laisser un prisonnier s’évader aussi facilement, sinon afin de l’espionner et mieux entrevoir les desseins du camp adverse ? Selon les indices précieusement recueillis, on postera dès le lendemain une armée de garde-fous aux portes de la citadelle. On prendra une guitare ou une plume comme on brandit un bouclier ; on ira boire un verre pour oublier, ou on restera à boire de l’eau pour mieux ne pas se rappeler… On branchera l’appareil à chasser les mauvais rêves, par sécurité, pour la nuit suivante.

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A qui s’adresse-t-on, quand il n’y a plus d’âme autour ?

Je parle à un fantôme, mais c’est moi le mort de l’histoire. Un mort qui trouvait déjà indigne, injuste, de se voir attribuer ce rôle du jeune premier éconduit, puis le rôle secondaire de l’éternel incompris, ou d’un pauvre “weirdo” écorché vif… Mais le plus dur à incarner peut-être, c’est le personnage qu’on a omis au générique, rayé de la distribution, coupé au montage des souvenirs du co-scénariste. On signale votre mort, mais on ne la voit même pas à l’écran. Un peu comme si les pompes funèbres oubliait de vous inviter à votre propre enterrement…

Et la veuve n’y pense déjà plus, tandis qu’elle rentre chez elle, après avoir jeté une pincée de terre sur un cercueil vide. Ignore-t-elle à jamais que les morts portent aussi le deuil des vivants ? Ils ont même toute l’éternité pour ça…

(photos : image 1 by “local Mc Fly”, images 2-3 by Graphistolage)

THE STRONG

•septembre 30, 2009 • Laisser un commentaire

I’ve seen the weak and sad one, out of the mirror.
In front of this look, I no more feel trouble linger.

I’ve seen the fake gods handing pills,
While I’ve been out dealing songs.
They let the mortals break their skills,
And make me part of the strong.

I’ve heard the sick and wild one, out of my own brains.
In front of these words, I no more feel my swollen chains.

I’ve seen the fake gods handing pills,
While I’ve been out dealing songs.
And how the mortals break their skills,
Does make me part of the strong.

They fix some artificial life for the living dead,
But they won’t blow the human sore away out of their heads.

And I’ve been a fake god in my way,
Trying to learn from his men.
This is the role I’m led to play ;
Although I tightly work my pen,
On how I wish I was born again,
They think I’m part of the strong…

I must be part of the strong.

(subtitles for a piece of music that you may hear or not, before and after)

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LIVE ON BEAUTY

•septembre 30, 2009 • Un commentaire

I recall the night when you spoke of giving birth…
We were torn about laying down a soul on earth.
You said you’d be a mother, one day.
The chosen father was read in your tears…

Any eyes will dry, and some great words come untrue.
Now I miss the life I was meant to have with you.
For all you gave, I might dearly pay,
Thinking of when love was read in your tears.

And I just don’t find, if there’s truly one right answer
To all I question why, if a child would’ve been our shelter…
For now I can’t be safe on my own,
I live on the beauty of what was read in your tears…

The beauty of what I read in your tears.

(subtitles for a piece of music that you may hear or not, before and after)

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KAMIKAZE PLANNING HOLIDAYS (a short genesis III)

•septembre 30, 2009 • 4 commentaires

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Episode 3 : une voie à trouver…

Au fond, je hais les ordinateurs… Et ils me le rendent assez bien. Entre moi et la machine, ça a toujours été une relation tumultueuse, haine et passion entremêlées, et des “plus jamais !” qui ne tiennent en général que pour quelques nuits en solitaire. Au cours du mois d’avril dernier, mes sentiments troubles envers tout PC doté de la fonction “bug” avaient cruellement refait surface et la question existentielle alors, c’était de savoir qui serait achevé le premier entre mon nouvel album et mon vieil ordinateur… Le premier dépendant du second, selon les sacro-saintes lois du home-studio, et du DIY jusque-boutiste.

L’enjeu était le suivant : prier pour réussir à travailler 2 heures d’affilée en MAO sans aucun blocage, ni redémarrage de cette usine à gaz autrement baptisée “outil professionnel” ; ou agir sans attendre de savoir s’il y a vraiment un Dieu Intel pentium haut-perché quelque-part. Bien sûr, j’ai attendu. Je peux être très sceptique, malgré mon fort penchant mystique : tant que ça ne brûle pas, je refuse de croire que le feu existe.

Premier jet de lance-flammes : je perds le mixage entier d’un titre quasiment bouclé, à cause d’un insondable problème de fichier endommagé ; celui qui garde en mémoire les 40 heures de travail d’édition et de mixage qu’on a justement passées sur son logiciel Cubase pour le morceau concerné (les initiés comprendront). Il m’en faudra une vingtaine et quelques-unes de sommeil au milieu, pour rebâtir une nouvelle version de Modern tragedy (avec un nom pareil, ça ne pouvait que mal se passer…), plus convaincante d’ailleurs, plus rageuse aussi forcément. Peut-être simplement une manière assez cruelle de me faire admettre que mon premier mixage ne rendait pas encore assez justice à cette musique…

Que dire alors, quand 24h plus tard, au bout d’une énième longue journée d’ermitage cubasien et au moment de sauvegarder mes belles avancées quotidiennes, cet écran tout bleu s’affiche, après un passage par l’incontournable case “reset” ? Là, ce n’est plus cruel, ça devient criminel… Heureusement à 3.00 du matin, on a moins la force de s’énerver parfois, de crier au complot et à l’injustice divine. L’album venait d’achever la machine, trahison du hardware après celle du software. Et j’ai compris le message : “Give yourself a break !

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Après encore quelques péripéties informatiques et une fâcheuse tendance à prendre souvent des trains pour donner des concerts à l’autre bout de l’Hexagone, javais quasiment bouclé la boucle : ces chansons écrites l’été précédent avaient déjà connu toutes les saisons, endurcies et prêtes à mener bientôt leur propre vie. Mais il y en a toujours une beaucoup moins aguerrie que les autres ; c’est l’enfant difficile, celui qui réclame le plus d’attention, suscite souvent le plus d’espoirs aussi… Avec l’album précédent, Life was the answer, j’avais dû m’y reprendre à 3 tentatives pour enregistrer la partie vocale du morceau Links, très exigeante. J’ai largement battu mon record cette fois, en recommençant pratiquement tous les jours pendant 2 semaines la même ligne de chant, sur un titre qui cristallisait d’autant plus ce sentiment d’une boucle annuelle rédemptrice.

Les 2 premières séances m’avaient laissées sur la même impression à la réécoute : “Man, maybe you should learn how to sing first…”. C’était très vexant. C’est aussi la sensation perçue quand on croyait devoir escalader une colline et qu’on découvre une montagne à la place… J’ai fini par adopter une méthode bien plus humble, face à une partie vocale qui bousculait nettement ma façon habituelle de chanter : la répéter quotidiennement, devant un témoin idéal _ le micro ; enregistrer quelques prises, les réécouter, et améliorer le lendemain ce qui ne va toujours pas.

L’expérience a rapidement dépassé le simple cadre du chant, c’est devenu aussi une forme de parcours spirituel, d’exercice psychanalytique qui au lieu de m’épuiser, m’a enrichi comme peut-être aucune autre expérience d’enregistrement jusque-ici. J’ai fini par trouver le souffle qui me manquait, la voie libre que je voulais emprunter depuis si longtemps. Chanter n’a jamais eu autant de sens dans ma vie, ce n’est plus seulement artistique, physique ; c’est devenu spirituel et charnel également. Et c’est le meilleur anti-dépresseur que je connaisse, en dehors de l’amour d’un proche bien sûr.

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Ce ne fût pas encore la dernière ligne droite dans la finalisation de ce disque, mais la plus décisive sûrement. Et elle résume assez bien cet état d’esprit que j’ai souvent tant de mal à expliquer à d’autres pairs musiciens, qui me vaut inévitablement la réputation d’un doux cinglé perfectionniste… Quant je réalise un album, je ne veux pas seulement additionner les heures de labeur, les éclats d’inspiration, et une douzaine de titres qui devront conséquemment donner vie à une oeuvre. J’y mets aussi un code génétique, et ce avant tout autre composant vital comme le talent, la sueur, la passion, l’émotion, etc.

Cela n’est pas supposé rendre “meilleur” l’art ainsi engendré, personne n’a jamais trouvé l’alchimie esthétique absolue de toute façon. Mais ça rend _à mes yeux en tout cas, moins vaine et futile cette envie d’apporter encore un disque de plus, dans une sphère artistique déjà saturée par tellement d’autres propositions et ambitions musicales.

Je n’ai pas marché sur la Lune, certes, mais j’ai un code génétique dans la voix. Une chose que le spleen ou mes ténèbres récurrents ne me prendront jamais.

KAMIKAZE PLANNING HOLIDAYS (a short genesis II)

•septembre 22, 2009 • 2 commentaires

Episode II : un coup de fil à passer…

Le theremin est certainement pour moi l’instrument le plus proche de la pratique vocale, de part son intensité physique, sa quête de justesse permanente. Il ressemble pourtant à un étrange appareil radio de science-fiction et n’a rien d’organique, bien au contraire (voir vidéo ci-dessous, de la plus célèbre thereministe, Clara Rockmore).

C’est aussi un des meilleurs moyens pour exprimer une certaine langueur sentimentale à mon sens, un domaine habituellement réservé aux cordes ou aux solos déchirants de lead guitar blues. Mais bien sûr, il faut avoir pratiqué un minimum la gestuelle unique et si exigeante que réclame le theremin, pour comprendre à quel point ce dialogue musical est proche de celui, tortueux, qu’on peut nouer avec (au hasard…) une femme. Là réside tout le péril : imaginez-vous un jour de noces, essayant d’attraper la main promise, juste au bout d’une pente savonneuse… Jouer du theremin, c’est un peu la même sensation.

Sur beaucoup d’autres instruments, je mesure de mieux en mieux mes propres limites, ou l’inutilité d’une énième prise supplémentaire en enregistrement :  je ne ferais qu’approcher encore, sans l’atteindre, un idéal esthétique hors de portée. “On choisit la 16, la 21, ou la 38 ?”. Avec le theremin, surtout pour un débutant, il faut énormément de prières et de foi pour compenser le manque de technique. Alors si on bute 10 fois devant le même obstacle, la même note, peut-être que la onzième sera miraculeusement la bonne…

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Et parfois oui, les dieux sont du bon côté. Mais en cet après-midi de décembre 2008, figé sur une chaise (c’est moins fatiguant…) depuis 3 heures à enregistrer les parties theremin de ce morceau, Live on beauty ; je crois qu’il y avait plus rien à côté de moi, ni dieu, ni autre. J’avais fait le vide, au delà du raisonnable. Et j’enregistrais toujours cette même intro de 4 notes, dont je savais qu’elle deviendrait également celle de l’album.

Il y avait sûrement déjà 2 ou 3 bonnes prises au milieu de toutes les autres, sauf que je ne prenais même plus le temps de réécouter. C’était juste un passage de 20 secondes, mais je le souhaitais encore plus vrai, plus intense. Je voulais que mon bras droit, suspendu en l’air et complètement ankylosé, peigne directement mes sentiments, mieux qu’aucune lettre n’aurait jamais pu les décrire.

Et je ne voyais plus comment m’arrêter. J’avais déjà franchi la ligne rouge, le temps semblait résigné, immobile. Heureusement une bribe de conscience persiste (qu’on baptise aussi “producteur” parfois…) et je sais que si mon coeur était fragile, il pourrait bien lâcher d’une seconde à l’autre. Je dois appeler quelqu’un, il faut qu’une personne extérieure, un proche, me dise “stop !“. Je pense même appeler ma muse justement. Qui d’autre serait mieux placé qu’elle pour me dire : “c’est fini” ?

Finalement, mon bras ne s’est pas détourné pour saisir le téléphone à côté. Je lui ai imposé encore 3 prises, puis je suis sorti marcher un peu, complètement hagard, avec un franc début de tendinite juste en dessous de l’épaule.

Les drogues… On en essaye tous, régulièrement, avec ou sans ordonnance. Les plus dangereuses pour moi, au cours de cette année de home-studio écoulée : mes souvenirs bien sûr… et le theremin.

KAMIKAZE PLANNING HOLIDAYS (a short genesis: I)

•septembre 19, 2009 • Laisser un commentaire

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Episode 1 : un train à prendre…

Certains moments peuvent suffire à sceller le sort d’un album en préparation, à lui donner un souffle de vie, ou le baiser de la mort… la marge est infime.

Je me souviens de cette journée d’aôut, il y a un an ; de ce morceau, A choice, que j’avais enregistré après avoir entrevu un nouvel abime et clairement dévisagé le spectre du “à quoi bon continuer ?“. Après la 5ème prise, je savais que je n’en ferais pas une de plus, que c’était la bonne, au seuil de rupture. La séance était finie, je me suis levé, ai serré très fort le manche de ma vieille guitare classique, puis j’ai résisté aussi violemment que possible pour ne pas la fracasser contre le sol.

A force, je me sais même pas comment cette guitare bon marché _ma première, celle qu’on entend arpégée sur Some dead survive, a pu traversé les années sans finir en éclats. Si elle pouvait écrire son autobiographie, A life in the hands of Jullian Angel, je pourrais aussi bien la contresigner, je crois.

Elle enregistrera encore d’autres morceaux. Et cette journée d’été 2008 n’avait pas été une sortie de route. J’avais maintenu le cap vers l’aboutissement espéré d’un nouvel album, sans destin précis, qui ignore si un père ou un label l’attendent en sortie de maternité, s’il aura droit à un état civil et une future place dans un rayon de la Fnac… Le délai des 9 mois de gestation étant rarement respecté, pour ce genre de mammifère auto-procréé de 40-50 minutes ; il en aura donc fallu une douzaine, remplis de pause, d’interruptions de grossesse, mais le cordon ombilical toujours fermement attaché.

L’âme du disque et son squelette guitare-voix ont été conçu dans la foulée de cet après-midi à haut risque, pendant 4 jours où j’ai frôlé l’épuisement total (une fâcheuse tendance…), à force de chanter, de répéter pour les séances suivantes. Il s’agissait bien plus que de musique, ou de repousser encore ses limites. Je voulais sentir si j’avais encore une flamme, si la vie était encore là, si je pouvais répondre à ma propre question dans ce texte : “Can your faith in time rewrite the future ?“.

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Et pour être sûr de sentir battre mon pouls, j’avais décidé comme souvent d’employer  ce stimulant cardiaque bien connu : le train à prendre. Un vrai train, avec un billet dûment réservé depuis quelques semaines. Mes premières vacances depuis une éternité, l’objectif étant d’enregistrer les bases essentielles de 12 nouveaux morceaux avant la date fixée, non négociable, sous peine de perdre un autre défi et surtout beaucoup d’élan pour la suite.

Je me revois encore, tenant ce ukulélé ridicule contre moi, à 40 cm du micro, enchaînant les prises pour ce dernier titre à mettre en boite avant de filer au plus vite prendre mon train. “I can make it better, gimme one more take !” Mon étui guitare et mon sac de voyage sont déjà prêts à côté, le TGV part dans 45 minutes… “Just one last take, please !”

Pas le temps de réécouter si la dernière était meilleure que les précédentes, ou juste un nouveau témoignage d’acharnement à ne se laisser aucun regrets, une de mes spécialités… Une heure plus tard, je cogite intensément dans un wagon 2ème classe à moitié-plein et finis par prendre un crayon, du papier, au lieu d’opter pour une légère somnolence bien méritée, au lieu de savourer ce petit arrière-goût de victoire morale.

Je sens que cette fois, c’est plus qu’une chronique ou les bribes d’un futur texte ; je suis en train se signer un pacte, j’ai fait mon “choix”, le genre de choix sur lequel on ne revient pas. Et j’ai répondu à la question : oui, je peux encore changer le cours des choses. Avec une foi en l’avenir qui ne sert pas qu’à attraper les trains de justesse…

6 heures de trajet plus tard et me voilà à destination, quelque part plus au sud, où des amis attendent le kamikaze voyageur… Je sais déjà que je n’ai plus vraiment à tergiverser pour le nom de ce prochain album en chantier. Un titre grotesque et parfait en même temps. Tout l’humour et l’énergie du désespoir…

(to be continued)

REVIVE IT FROM THE START (préambule)

•septembre 17, 2009 • 2 commentaires

Some blogs survive…

Les mystères, les aléas de l’informatique, avaient déjà eu raison des deux moutures précédentes de ce weblog, disparues sans crier gare avec pertes et fracas… Après plus d’un an et demi de sommeil, il était temps de réveiller enfin cette plume endormie, ce carnet extime à publications aléatoires, témoin chahuté d’une vie d’artiste-musicien.

Cela s’appelait Living with a songwriter donc : des comptes-rendus sans fard de sessions studio, des live-reports de concerts vus ou donnés, des chroniques-miroirs, quelques prises de position aussi… Et puis _comme si une main céleste avait décidé de condamner l’auteur impudent à une bonne cure de mutisme, un beau matin : plus rien. Deux années de blogging évaporées dans les méandres d’un impitoyable serveur occulte.

J’ai fini par renoncer à vouloir sauver cette tranche de vie et de vif, faute de retrouver sa trace.  Parfois on a simplement des données plus essentielles à sauvegarder, bien plus vitales. Et ce Jullian Angel’s weblog a précisément disparu au moment où cet exutoire de littérature introspective aurait assumé comme jamais peut-être sa fonction cathartique. Mais je n’en suis plus à une facétie du destin près.

Pourquoi alors ne pas avoir prolongé ce blog, en utilisant directement une page promotionnelle telle que Myspace ou Facebook, par exemple ? Les “réseaux sociaux” et autres espaces internet personnels à vocation publique, me font la même impression comparative qu’entre un simple sms et une vraie lettre. C’est toute la marge entre un moyen de communication rapide, mais limité, et un réel domaine d’expression libre, vaste et non-communautaire.

Cette page n’a donc pas pour vocation première de faire découvrir ma musique à l’internaute flâneur, ni de la promouvoir à tout prix ;  il y a d’autres sites pour ça (voir liens à droite), plus adaptés, mieux documentés.  On pourra très bien n’avoir jamais entendu parler du chanteur Jullian Angel et trouver ici, je l’espère, matière à réflexion, évocation, émotions, ou à un simple divertissement de l’esprit. Les régles ne sont pas écrites, les contours à peine visibles ; et je garantis plus volontiers l’authenticité des sentiments ou des opinions, que celle des faits, des noms et des paysages.

On ne demande jamais ses papiers à un songwriter, un écrivain, un poète… Seulement ses écrits.  Nous y voilà donc, fin du préambule.

The gold of your eyes that takes me over, has led me right home again…

The good half