Drown as a man; breathe like a submarine… (level -2)

•février 8, 2010 • Laisser un commentaire

L’enseigne intrigue. Le descriptif également, entre boutique d’occasions et bar culturel. La veille, tu es juste rentré cinq minutes évaluer l’atmosphère, la manière dont on observe l’arrivant, tout en faisant mine d’éplucher une rangées de disques. Il s’agit plutôt d’aviser un endroit attirant dans cette longue rue commerçante, que tel Ep inédit de Radiohead.

Une seconde visite s’impose donc. Cette fois, ta curiosité vient s’éveiller jusqu’au comptoir. Et la conversation démarre spontanément, enthousiaste, autour des goûts musicaux respectifs, du lieu, ouvert récemment. Deux heures plus tard, un esprit conquis s’en retourne chez lui, rassuré. Ce premier pas humanise enfin le débarquement anonyme et chahutée de la semaine précédente. La pièce déborde encore de cartons, de questions en suspens, aussi l’étrange café-providence devient bientôt un repère naturel, apportant la bouffée d’air neuf promise.

Par où commencer, lorsqu’on veut appréhender une terra incognita, un ailleurs théorique presque… Peut-on se réjouir d’avoir su ouvrir une porte d’un coté, sans en bloquer déjà plusieurs de l’autre ? Même une âme vagabonde apprécie la reconnaissance du sol, en temps voulu. Poser un pied ferme ne devrait pas l’engourdir si rapidement, mais on aura toujours l’occasion d’explorer au-delà ensuite, d’y laisser de futurs géographes nous révéler leur propre Atlantide, à peine éloignée. Du moins on l’imagine. Et ce sentiment bat trop fort pour mentir alors, en flânant vers le centre-ville, magnifié soudainement par une belle éclaircie automnale.

Rapidement, la fin des contemplations arrive. Devant l’évidence d’une situation précaire, le rappel aux obligeances artistiques, « professionnelles ». Tu n’es pas vraiment étudiant… Identifié musicien, ou « songwriter » _quand l’interlocuteur emploie les mêmes anglicismes, jamais auto-baptisé chanteur en tout cas. Cela paraît encore tellement ingrat, bien trop galvaudé. Précoce aussi. Une simple poignée de concerts à ton actif seulement, dont certes un passage dans une prestigieuse salle parisienne ; pour autant « le métier » rentre à son rythme, non celui d’un CV adressé au mélomane averti.

Quelques échos flatteurs ont déjà embelli le tien, c’est vrai. Et un petit label associatif relaye la sortie de l’album, âprement finalisé six mois auparavant. Tant de musiciens fantasment encore sur l’aura prétendue des labels spécialisés, la crédibilité qu’elle confère automatiquement à l’artiste… « Crédibilité », sûrement le terme le plus dévoyé parmi les nombreux focalisant ce microcosme : rarement prononcé, toujours suggéré inconsciemment.

Tu ignores ta chance peut-être, à projeter sans cesse l’étape ultérieure, à trop frustrer l’instant présent. Mais dans une industrie du disque en chute libre  _qui évince même les artistes confirmés, le mot « chance » peine à s’articuler. Seul « espoir » semble permis.

A ce stade en effet, si tout reste prometteur, rien n’est garanti. Peu d’illusions d’attirer les regards sur simple évocation d’un nom de scène confidentiel, en un milieu souvent lui-même réservé à l’initié. Commence alors une nouvelle démarche d’insertion. D’abord, identifier un lieu dont la programmation musicale correspond aux normes culturelles visées. Puis une fois le concert achevé, rester plus longtemps que la majorité du public, et tenir l’alcool jusque très tard… Une heure où les masques tombent aisément, où se lisent davantage certains « matricules ».

Au mieux, on tend un disque à bon escient, une carte de visite, un dossier de presse ; à défaut le monde a toujours de quoi se refaire, accompagné d’une avant-dernière-prochaine-ultime bière… S’ils n’ont pas retenu le nom, ils apprennent vite ton sens du flegme éthylique. Un bel atout à vrai dire. Excepté ensuite, au réveil.

Le premier concert local ne doit rien à ce flegme éthylique pourtant. Il survient presque logiquement dans ce café, puisque s’y manifeste tôt un réel élan de sympathie, voire les prémisses d’un futur engouement. Le gérant te propose de jouer durant la soirée d’inauguration qu’il souhaite organiser à postériori. L’endroit s’y prête mal, et il faudra louer du matériel sono, mais forcément tu acceptes.

Trop tôt encore pour attirer la « crème » du réseau concerné, ou les groupes susceptibles d’adhérer au lieu, comme à l’univers musical défendu. Lancer quelques pistes néanmoins, en compensant par la communication virtuelle, désormais privilégiée. Internet se pose en allié incontournable des prétendants musicaux de tous bords, et la plateforme Myspace connaît un essor immense.

Peut-être ont-ils déjà lu ce nom, via tel webzine ou magazine en vogue… De fait, beaucoup n’y prêtent sûrement aucune attention, manquant une belle soirée, devant un public encore très hétéroclite. L’endroit ne leur évoque strictement rien évidemment, ni recensé alors, ni établi dans un coin branché de la ville. Il y a tout à construire. Dans le même bateau au moins.

C’est tellement désert certains après-midis, qu’on t’y croise occasionnellement avec une guitare, venu distiller un brin de verve acoustique. Ni officielles, ni régulières, ces prestations : l’envie de chanter suffit, gratifiée d’un thé, d’un sandwich, sous quelques applaudissements éventuellement renchéris d’une requête d’un standard. Un jour, une dame a même jeté quelques pièces dans l’étui guitare. Cela t’a un peu vexé d’abord, puis tu les as gardées cependant. L’orgueil cède du terrain.

Entretemps, les auspices avaient soufflé un vent assez favorable jusqu’à toi. Des concerts s’enchainent alors, locaux et nationaux, parfois très anecdotiques, souvent guère payés. Mais la musique circule, l’intérêt grandit. Il te voit partager l’affiche avec des futurs « cracks » de la scène régionale, hériter d’une première partie au sein du fief « underground » de la métropole, sans réellement forcer.

Chez toi, l’esprit bouillonne dans une tête froide heureusement. Même en lisant les premières chroniques portées à ce fier étendard discographique, fraîchement brandi. Le terme flatteur a cela d’embarrassant qu’il vous dynamise autant qu’il remet les pieds sur terre, via ce statut marginal où les disques se vendent par dizaines, rarement par milliers. On prête volontiers à un album l’étoffe d’autres célèbres réussites, sans le budget promotionnel allant de pair, ni l’exposition médiatique.

A défaut, ces avantageuses critiques  suggèrent involontairement les modèles à découvrir, sources présumées d’inspiration, évoqués en filiation musicale. C’est comme de n’avoir jamais connu son père, mais d’entendre à chaque repas de famille qu’on a hérité des mêmes traits, du même caractère… Surtout, elles citent fréquemment des artistes morts. Ou assez peu vaillants, dépressifs. Presque un éloge funèbre anticipé.

Pour cette époque, tu dois « sonner » comme un chanteur disparu. Une carrière posthume aurait davantage de succès certainement… L’idée attise encore ton auto-dérision. Et il vaut mieux , on est bien loin d’envisager le pressage du best-of remasterisé. Ici, la vie commence seulement à poser un franc regard sur ta candidature.

Elle a des yeux marrons, très vifs… Qui disent : « tu es admis« .

(To be continued…)

Drown as a man; breathe like a submarine… (level -1)

•février 1, 2010 • Laisser un commentaire

Un espace vierge. Une existence à construire. Le domaine du possible à perte de vue, avec cette liberté d’éclore enfin, sous un jour plus favorable… Tu emmèneras quelques affaires, quelques instruments, juste le principal. Et puis des archives, plusieurs centaines de pages, de sons, ou divers fragments à recoller, témoins d’une vie-préambule, balancée entre création et recherche assidue.

Le plus lourd ne tiendra pas dans une pile de cartons, souvent remplis de matériel musical ; il faudra surtout porter ces premières années, entièrement dévolues à apprendre, sans professeur, expérimenter sans bornes, ni juges, ni peur du « qu’en dira-t-on ». Des journées à philosopher hors-doctrines, à croire sans religion. Et devenir un « artiste » oui, si désuet soit le terme. Nul autre chemin envisageable, autant prendre le risque de gâcher sa vie, plutôt que lui passer à côté.

Les gens avaient fini par te croire définitivement perdu, à raison sans doute. Mais le but fût atteint pourtant. Certes, au cours d’un trajet bien plus tortueux que ne l’imaginait cet adolescent, encore bloqué par ses limites, dans sa fièvre d’aboutir l’oeuvre chèrement fantasmée. Tellement pressé alors d’en mûrir le sens, d’en singulariser le propos, et justifier son intention.

Le créateur pouvait mourir après ça. Ou du moins décréter un septième jour. Mais on ne commande pas au monde de nous attendre éternellement. Tu avais tout réussi, malheureusement hors-délais. Quand la vie vous rattrape, elle se moque cruellement de savoir à quoi vous étiez occupé, si vous aviez fini de ranger derrière vous. Et souvent l’objet du désir _ce traître, changera avant son hypothétique assouvissement. Il existait donc une quête plus difficile encore, plus mystérieuse aussi. Artiste, on apprend à fabriquer un coeur. Homme, on doit le conquérir.

Inutile de sonder l’authenticité du Graal, le tien avait juste pris une nouvelle forme. La raison appelle à ne toiser qu’un impossible à la fois, ou accepter sa part naturelle d’insatisfaction. Notre lot commun. Mais tu incarnais sûrement un bâtisseur de cathédrales dans une vie antérieure, qui veut les voir achevées de son vivant, comble du défi. Beaucoup trop d’orgueil pour façonner un vrai pèlerin. Bienvenue parmi les hérétiques…

Cette ville ou une autre, peu importe. C’était presque un choix par défaut. Une grande métropole, voilà l’essentiel. Sa réputation climatique exagère à peine en tout cas. Ainsi la terre promise se découvre sous une pluie insistante, dès sorti de la gare. D’aucuns y verraient un fâcheux présage ; seulement le temps presse, avec ce futur logement à trouver, comme préalable requis.

La première bière en terrasse de café devra donc attendre. Tu t’amuses à comparer le prix des menthes à l’eau selon chaque quartier, tout en faisant un point régulier sur une feuille criblée d’annotations. Faire redescendre les plans sur la comète à hauteur d’un 2ème ou 3ème étage, est-ce possible ? Mais dans quelle rue plutôt qu’une autre, quels lieux et bâtiments proches ? Las. Trois jours après, la question n’est plus tant de choisir le cadre extérieur, déjà retenir le moins mauvais tableau intérieur.

Officiellement, tu es « étudiant ». Ne jamais avouer son véritable rang social, surtout celui-ci. Une imprudence commise, pourtant. Le bailleur semble honnête, disponible, ouvert ; vous co-signez un engagement de principe, en attendant l’emménagement trois semaines après. Juste un accord informel, sans valeur juridique ; tu le sais bien, mais tu as confiance. Un autre grand défaut chez toi, avec l’orgueil.

Ce ne sera pas cet appartement, ce quartier. Ce propriétaire, qui se rétractant dix jours avant l’exode prévu, t’a fourni un sérieux avertissement, une confirmation cinglante du traitement pressenti sur cette hiérarchie financière. Avec le facteur aggravant du statut de « saltimbanque » en devenir. Au moins as-tu eu la sagesse de ne pas naître de couleur, voire handicapé. On tempère surtout mieux l’auto-apitoiement en étant « pauvre » dans un pays très riche. A peine l’élan de rage froide surmonté que démarre un second train donc, visant le même ailleurs. « Départ imminent« . Toujours de zéro.

Les jambes se font lourdes à présent, elles n’ont peut-être jamais couvert une telle distance de l’aube au crépuscule. Et le mental vacille. Il ne reste que le 3ème choix du bas de gamme pour se loger à cette période. Vient l’heure de mesurer ce qu’un avenir est vraiment prêt à sacrifier, s’il veut briser le sur-place et l’entrave d’un état-civil.

Deux heures à souffler, puis te revoilà arpentant la ville, de nuit cette fois, revenu appréhender son caractère. Une âme de pionnier, dans une boussole de touriste. Mais le paysage reste flou, indécis. A prendre, sinon à laisser. Personne qui te connaisse, ou projette une familiarité quelconque. Il faudra briser la glace aussi.

Un court instant l’esprit recule. Il interroge ton étoffe, le bois qui t’a construit. Nouveau retour en métro ; fin du parcours à pied vers un hôtel d’infortune, sans acquis, après deux journées infructueuses. Encore une rue ascendante… Tu y étires cette ombre perdue, marchant au beau milieu du bitume, à côté d’une mèche en plein embrasement existentiel. La colère fait brusquement accélérer ton pas, enclenche alors une violente riposte intérieure : foncer maintenant, ou abdiquer et se complaire en maudit.

Vif et question tranchés. Les jambes repartent légères… Une chrysalide vient de voler en mille éclats.

Quelques péripéties plus tard, te voilà donc exilé, volontaire. La « grande ville » détaille un nouvel immigrant. Son champ du possible redevient fécond, l’horizon prometteur. Bien sûr, divers freins intempestifs sont venus compléter l’avertissement reçu : le défaut de moralité des uns, l’incompétence teintée de mépris chez d’autres, le tout joint à l’ignorance d’une sourde machine administrative. Déjà beaucoup trop de patience usée. Et d’argent surtout, pas seulement du temps.

A l’heure d’envisager enfin mieux qu’une insipide menthe à l’eau, le porte-feuille sonne amèrement creux, hélas. Budget « exode » largement dépassé. Parmi les causes aggravantes, une sinistre « responsable de location », rayée aussi des gens fréquentables en cette belle cité. L’agence immobilière l’employant te renverra toujours l’image d’une misérable quantité négligeable, une forme de vie humaine sous les 400 euros de loyer mensuel.

Mais tu as gagné ton pari, oui, fier inféodé. En cédant une classe sur l’échelle sociale. L’orgueil a forcément un prix… Il t’en demandera le triple.

(à suivre…)

Drown as a man; breathe like a submarine… (prelude)

•janvier 27, 2010 • Laisser un commentaire

C’est une histoire mille fois racontée sans doute… Les tragédiens grecs ont déjà tout écrit paraît-il, sur le drame humain, les inévitables failles d’un monde sans clef possible, en rédemption perpétuelle. Nous avons juste inventé des moyens encore plus rapides et absolus de légitimer ces visionnaires antiques.

L’époque nous livre un autre langage, d’autres signes. Rien ne change vraiment nos idéaux, ni les crimes à l’opposé. Si la trame se lit d’avance, alors il nous faudra célébrer le détail : les nuances d’un ciel trop bas, l’essence d’une ville, le paraître des visages ; autant d’éléments pris à l’aulne d’une décennie  futuriste, déjà au delà du moderne. Traduire un contexte aussi. Le champ nocturne, la bande-son du trop-plein d’agitation citadine, ou de sa vacuité effarante. Des mots, un regard, quelques accords égrenés. Les musiques oui, si étincelantes… Et toute l’ambition qui ronge leur verni. Rappeler ces voeux entremêlés de peurs, du flot incessant de désirs. Ces intérêts à faire converger ou laisser diverger, sans jamais baisser sa garde.

Quelques joyaux, parfois. Une perle de grandeur céleste qu’on vous jette comme à un crève-la-faim, un maudit de plus qui aurait dû le rester. Et vous irez la chercher évidemment, même jusque dans une flaque d’immondices, en tombant humblement le masque, embrassant une terre qui ne vous a jamais porté.

L’errance nous possède, nous définit. Autant que le fleuve principal rejette ses affluents rebelles, la marge à son tour écartera ceux qui l’outrepassent, ignorent les frontières délimitées. Ni classe, ni réelle appartenance fidèle à un homme de naissance à trépas ; un jour il reprend son âme floue, toujours vagabonde.

Personne n’a jamais trouvé sa place au creux d’une vie terrestre. Mais beaucoup useront la leur à établir le contraire, ardemment, magnifiquement peut-être. Nous différons dans le choix des postures, la fermeté du pas, dans nos errances plus ou moins douloureuses. Une armée de rubiconds à franchir, ou de larges ficelles tirées depuis l’ombre. Les séquelles d’un parachutage trop heurté, face aux longs tapis rouges d’opportunisme…

Empires ou simples mortels, dans l’histoire la chute n’offre guère de variantes à son implacable déroulement. Les tragédiens nous avaient clairement avertis autrefois : elle n’épargne aucun statut. Mais certains déclins entrouvrent une manière inverse de s’élever, justement. Ils nous rapprochent du sens, d’un probe apaisement, dévaluent notre ivresse des cimes avant l’implosion en haut vol.

Nous n’avons fait que tomber d’un ventre devenu trop étroit. Un ventre parmi d’autres, mais l’unique et dernière place qu’on n’aura jamais eu à prendre. Déjà poussière en devenir, nous l’avons bruyamment agité, ce sang bordé de chair. Et dans bien des directions, oui. Puisque la chute ne nous regarde pas, ne nous incombe en rien ; puisque la fin ne sera toujours que présumée, alors sachons d’abord écrire notre propre mythologie. Tragique ou simplement épique, au moins anecdotique.

Là, un autre coeur peut battre. Sa joie d’être, plutôt que son prochain. Et s’emparer du seul vrai pouvoir à conquérir, le seul trône vacant. Celui qui change notre errance en destinée. En un voyage.

About the 26’s truth: funerals.

•décembre 26, 2009 • Laisser un commentaire

« I’ll have a fragmented life, I won’t belong all I can feel.

In there, my friend you’re alive, and whatever happens you will »


You can’t hurt the pain… You can’t get the grief to suffer the way you do. And you can’t harm a lifeless branch on a weak familiar tree, although you’re still under its shade so wide.

You can’t kill what’s already dead. You can’t seem to wish you could do it, anyway. And you can’t hate what’s gone or vanished, what no more shines, even when that old flame should gravely near you.

You can’t heal, but you can’t grow a deadly wound. You just won’t decay enough, the ground still raising you back to where you experience grace, greatness, as deeply as the ugliness in human things.

Sometimes, you badly wish you’d turn the stroke of fate into a strong avenging blow. And then you point the fist against your own soul, your own flesh.  So you play the target, for the ones that won’t bare their chests, for a decent balancing between beauty and dirt. Not between right or wrong, justice and crimes…

You’re not the lawyer. They may believe that you dare judge, but you feel, more than you judge. You know, more than you deem. And in the final sentence, if you’re quoted as one of the witnesses, your greatest deed will be to let the sinner’s hand cure what itself once had branded… You’ll know the touch, you’ll know the pain, but then also the prints of a major human link, never put to death.

Lend your hand so, over all bitterness and sadness you had gathered through years. Lend your hand to the one, not to a memory, not to a dying rest of life. Lend your hand, from above or from below, whether you drown or rise up.

For you can’t hurt the pain. She’ll lift you anyway.

And you shall forgive.

About the 26th tooth: necrosis…

•décembre 26, 2009 • Laisser un commentaire

La douleur s’était amplifiée depuis quelques semaines ; d’abord d’un côté de la mâchoire, avec des maux de tête incessants, puis de l’autre, là où les premiers signes d’inconfort dentaire était apparus 3 mois plus tôt. Il y avait déjà eu un premier rendez-vous auparavant, qui n’avait rien révélé, sinon de maigres hypothèses, et une envie certaine de trouver un autre dentiste au plus vite, pour une deuxième consultation. Identification du mal, neutralisation du problème… On voudrait que la réalité soit aussi simple et honnête, surtout au beau milieu d’une rage de dents.

Entretemps la date s’approchait, inexorablement. Ce chiffre marqué au fer rouge, en forme de symbolique fatale, d’une étrange coïncidence d’état-civil entre deux personnes. Tel oracle grec l’aurait déjà interprétée en signe funeste, si elle n’avait d’abord représenté un séduisant coup du destin, puis l’indicible témoignage d’une bienveillance occulte. Comme signer, friévreusement, au bas de sa demande officielle de rémission. Mais on accepte aussi de rendre les armes, quand enfin on vient prendre armure de ces bras trop ouverts, en les laissant nous envelopper. La reddition, voilà ce qu’on a gravé dans le marbre.

L’amour est le plus court chemin possible entre bénédiction et malédiction. Il change les accidents en miracles, le soleil en ténèbres, autant de fois que nécessaire, à travers autant de revirements imaginables qu’une âme pourra endurer jusqu’à n’y voir plus que du chaos, de l’absurde… Ou la preuve indéniable d’un parcours plus complexe justement, d’un territoire de destinée qu’il faut observer de plus haut, de plus loin, avant d’en comprendre l’éclat et la finalité.

Certaines échéances attisent d’autant plus l’envie de gagner ces quelques précieux centimètres de savoir, sur une feuille blanche de mystères. Car le brouillard apaise brièvement, mais ne protège ni du danger, ni de la crainte du danger. Quelque chose doit arriver, déborder le rempart de protection. Un nerf qui se réveille et parlera pour les autres. Un nerf prêt à subir une décharge pour briser la torpeur, ce silence insultant, cette discrétion hypocrite.

La date survient enfin, coincée au coeur d’une semaine à chercher des amarres impossibles, à colmater les brèches de l’esprit ; et celles du corps qui se dérègle, qui hurle des maux invisibles, des foyers d’infections sans fondements, des brasiers sans causes… Mais au lendemain du 26, le trouble ne passe toujours pas. Il s’accentue au contraire. Stoïcisme ou résignation, à l’heure du nouveau rendez-vous pris chez un adepte rationnel de l’avis médical, le côté gauche de la mâchoire a pourtant déjà presque cessé tout tiraillement généralisé ; la douleur redevenue supportable, désormais ciblée sur une seule dent.

« En haut, à gauche… » Un curieux appareil sonde chaque pré-mollaire, l’une après l’autre, pour confirmer ou infirmer par une radio instantanée le premier examen sommaire du dentiste : rien de probant, au moins en surface. « la 24ème… « , « la 25…« .  « Non, rien à signaler…« .

Aussi l’index remontre-t-il encore au praticien le point douloureux. « Peut-être quelque chose sur celle-là, oui… mais rien d’évident pour le moment« .  Alors le dentiste fait noter à son assistante : « suspicion de nécrose sur la 26ème, en haut à gauche« .  La dent est peut-être en train de mourir, à petits feux, mais il faut attendre de savoir pour intervenir, « on ne dévitalise pas une dent à la légère…« .

Je me souviens avoir entendu le chiffre « 26″ et le mot « nécrose », mais sans réaliser immédiatement ce nouveau signe d’ironie surréaliste. J’étais juste moitié frustré, moitié soulagé par le diagnostic, à l’image d’une histoire et de ses péripéties, de tous ses chapitres sans épilogue. En effet, on ne « dévitalise » pas sans savoir.

Encore un peu de patience. Quelques jours après, j’ai su cette fois.  Le cheminement de la douleur avait cruellement attendu son terme, en livrant seulement quelques indices au passage. Bien sûr, tout ça n’avait pas grand-chose à voir avec une simple dent, dont j’ai même déjà oublié l’emplacement exact d’ailleurs. Mais le restant de douleur sur ce 26ème nerf s’est éteint précisément la même nuit que mon espoir de revoir vivante une proche, une de ces soeurs d’âme désignée par la vie, et que je ne pensais pas avoir perdue humainement, au-delà des aléas, des déchirements.

Et j’ai su qu’à présent un autre deuil commençait. Un des plus difficiles peut-être, sans une stèle pour se recueillir, sans l’adieu en paix, sans le dernier chapitre. Avec un message émis, certainement, mais non délivré.

Rien ne serait plus important que cela, lutter contre la perte de l’autre, de son humanité. Aucune rage, aucun brûlot d’injustice pour atténuer cette parodie de destin. Tous les gestes demeurent vains, ils tendent un piège si béant, sous les pas du damné trop pressé d’ôter son voile de deuil. En ces heures où les émotions nous noient sous un flot d’impulsions dissonnantes, la foi répète une seule même chose heureusement : ce qui a vécu ne meure véritablement qu’en nous-mêmes, si nous oublions qu’une âme peut toujours ouvrir des yeux, quand sa mémoire s’obscurcit, ou son paysage devient saturé de laideur. Puisque la poussière balayera tout le reste.

Et j’ai pleuré devant cette voie libre, soudainement ouverte finalement.  Sur cette poussière, que le temps ne souffle pas toujours contre soi.

« ...Still the wind makes a fairy twirl
Of a few echoes from the world…
And it comes along to my ears,
Reviving my old memories.

Then I feel great,
It feels like peace…
« 

Pour la beauté du geste…

•novembre 25, 2009 • Laisser un commentaire

Je ne suis pas né de marbre. Et je n’ai pas été changé en statue de sel. Certains mouvements sont juste plus difficiles que d’autres, comme orienter le corps afin qu’il garde une trajectoire sans virages forcés, ni fausses routes. Comme aiguiller l’esprit vers ce musée des souvenirs, tout en esquivant dans chaque pièce les « pourquoi ? » trop envahissants. Je suis né les yeux grands ouverts. Avec une mémoire déjà à vif.

Pour se souvenir, donc. Et pour la beauté du geste…  Car cette marionnette refuse d’obéir à ses fils. L’automate reste blessé, mais encore sans haine. Alors il agite des offrandes, souvent pathétiques, sur l’autel du pardon et de la transcendance. Un brin d’élégance de soie autour d’une chair d’amertume, l’hommage d’un romantique malgré-lui à ce vécu, si intensément partagé. Tandis qu’une main encourage l’auto-flagellation, l’autre a vite fait de commettre son imprudence, cacheté l’enveloppe, posté le message. Maintes fois on l’y a déjà repris, à venir tendre un présent, ou esquisser une caresse, même s’attarder sur une chevelure interdite. Quand elle ne trépigne pas à chercher les mots justes, pour le petit billet qui accompagnera ces quelques tiges de splendeur éphémère…

Cette main-là s’est brûlée au delà du raisonnable. Mais elle ne veut ni cicatriser, ni manier le fer, ni former de signe d’adieu. Elle doit rester libre d’encourir une arabesque supplémentaire, de se tendre vers une fontaine changée en barrière d’orties ; plonger dans la boue, jusqu’à retrouver ce joyau de rédemption. Pour la beauté de l’acte, et par respect de ses propres valeurs d’âme, en ces temps où l’efficience du geste prime avant tout, où chaque mouvement doit être couronné de réussite. Toujours plus de mains qui s’enfouissent dans leurs poches de renoncement, viennent pendre quand il faut porter, prendre au lieu de poser. Couvrir les arrières plutôt que riposter.

Oser savoir perdre, pour mieux demeurer fidèle à soi-même. Oser même parfois être vain et inconséquent, le temps d’une simple bataille, puisqu’elle n’est pas la guerre entière. Oser ne pas chercher la justification, lorsque tout devient si violemment contradictoire, sali par les faits. Oser la grâce, le panache, le pied de nez du désespoir.

Tous ces gestes ne m’ont pas rendu le sens, ils n’ont pas suffit à guérir l’injustice. Mais souvent, ils m’auront protégé de l’absurde dévorant, en évacuant brièvement la laideur des circonstances, en lavant presque l’affront de cette fatalité sur un miraculeux chapitre de vie.

Pour la beauté du geste… de trop. Comme au fond chacun était en trop depuis le début, du premier regard d’amitié, au dernier message orphelin d’une réponse. Puisque seules les statues ne commettent jamais de faux-mouvement…  Sombre muse, je ne me laisserai pas encore figer cette fois.

Le Dormeur du Val…

•novembre 21, 2009 • 2 commentaires

(see english version below)

Sous l’inspiration d’un célèbre poème d’Arthur Rimbaud sur la guerre, le vidéaste Lacrymosa a réalisé ce photomontage du même titre, en écho avec le thème et la musique du morceau Some dead survive (issu de l’album Life was the answer). Le « Dormeur du Val » fait également partie d’une mini-série de films très courts, intitulée « Si les arbres pouvaient parler… ».

Vous trouverez plus d’informations sur le site de Lacrymosa.
Voir également le site Entropy killed the cat (cinéma libre).

Un grand merci à Stéphane Drouot, pour sa créativité et sa générosité.

A noter que cette vidéo est placée sous licence libre, Creative Commons, By

Following the lyrics of a famous Arthur Rimbaud’s poem, the French movie maker Lacrymosa directed and produced this short film, using Some dead survive (taken from Life was the answer Lp) as its soundtrack. Both texts are written about the war, in a different specific way.

More informations on Lacrymosa’s website.
You may check out this website too.

Thanks to Stéphane Drouot, for his great creativity and generosity.

This video is under a free license, Creative Commons, By.

DRUGS

•novembre 10, 2009 • Laisser un commentaire

You are a feeling that blows up my life,
A tortuous needing I wish I could knife…
Still they did warn me, when I roved at school.
The teacher told this : « You’re lost, without rules !« 

But then I stole a devil’s glove,
To wipe the scald of my banished love…

I once was told,
But it’s stonger than I am.
My troubles have feelings,
They love you and all forbidden things, to death.

You are the ceiling that hangs up my rope…
I’m softly swinging,
Just like they were, till I made them fall.
To get relieved, I paid with my freedom.

How will I touch the heaven’s gold ?
I want your stuff, as I face the cold.

You gave too much,
Now it’s stronger than I am.
My troubles have feelings,
They love you, like everybody loves, to death.

And I don’t know if it’s a dream,
Anyway that was such a trip
To love you, my one addiction,
Right to death.

(Growin’ over your walls, I’ll find a way)


(subtitles for a piece of music that you may hear on this page)

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Les goûts, les couleurs… Les sons, les reverbs…

•octobre 30, 2009 • Laisser un commentaire

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En plein travail de mixage final, puis de mastering, l’oreille humaine devient parfois un véritable petit dictateur, qui désigne le bon goût musical au détriment de tout ressenti émotionnel et physique. Elle vous dit quel son aimer, quelle fréquence enlever ou mettre en avant ; elle peut faire d’une nuance légère entre deux réverbérations un immense fossé, à même de gâcher le morceau entier.

Dans cette période délicate, on renonce presque automatiquement au simple plaisir de mélomane, tant il est difficile de retrouver une écoute « normale » sans analyser chaque son, derrière chaque instrument… L’oreille est prise dans une stimulation intellectuelle intense, épuisante mais très instructive. On se prend donc au jeu : tout en finalisant un nouvel opus, pourquoi ne pas également ressortir quelques disques de chevets, à passer au crible de cette écoute neuve et tellement plus affinée ? Des albums qu’on croyait connaître par coeur depuis longtemps, révèlent alors bien d’autres pistes fantômes, ou aspérités maquillées.

Parfois, l’expérience s’avère assez ingrate. Et on constate un peu frustré la distance que le temps met avec certaines oeuvres, très familières. Le Grace de Jeff Buckley par exemple, disque ô combien abouti dans sa quête de perfection esthétique et d’un certain classicisme pop-rock , mais un peu trop froid et « figé » à la réécoute. On se surprend à faire la moue devant ce son, si cristallin, cette manière de rendre le chant encore plus aérien et suspendu qu’il n’est naturellement. « Hallelujah », déjà maintes fois entendue, résonne presque désagréablement, surtout via des enceintes de monitoring faisant encore plus ressortir les « sifflantes » de la piste vocale, gorgées d’une trop grossière reverb de chapelle.

Mais au delà d’une approche purement savante et technique, cette écoute vous plonge aussi davantage au coeur de l’humain paradoxalement, de sa subjectivité créationelle que tout influence : le temps, l’humeur, le vécu, la santé, l’âge, le sexe, ou le café du matin… Les machines n’ont pas encore eu le dernier mot, et aucune réalisation musicale ne saurait être guidée uniquement par une forme d’ »objectivité technologique ». De même qu’aucun musicien ne détient l’équation sonore parfaite qui mettrait tout le monde d’accord dans la sphère audiophile. Pour un domaine réputé aussi pointu, le rôle exercé par tant de paramètres humains reste frappant. Les supports d’écoute ont beau être des appareils à qui il faut parler un langage de fréquences précis, l’homme a lui une oreille des plus incertaines, volubile, évolutive.

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Tout travail de mixage est éminemment psychologique. Un simple morceau de 3.30 en dira souvent plus sur ses géniteurs que 10 séances d’analyse chez un psy… Evidemment, c’est d’autant plus valable pour une oeuvre dont le créateur a mené lui-même l’enregistrement et la finalisation. A ce titre, l’auteur de ce post ne pouvait que devenir enfin son propre sujet d’observation… Et tout en croyant naïvement mettre mon précédent album sur une platine CD_pour diverses comparaisons utiles avec le prochain, alors en cours d’aboutissement ; c’est bien sur un divan que j’ai installé mon passé discographique. « …Je vous écoute…« .

Révélations garanties. D’autant que je n’avais pas redécouvert ce fruit d’1 an et demi de travail, baptisé Life was the answer, depuis au moins 6 mois… Sans la même acuité auditive surtout. Ce fût passionnant d’initier un genre de psychanalyse sonore à postériori, de mesurer le lien intense entre le son qu’on peut produire et sa propre psyché, hors du contexte matériel et musical justement. Tout est parlant, du son de guitare acoustique choisi aux différentes reverbs placées sur la voix. Et on se trouve déjà un brin étranger à soi-même, comme sur une photo légèrement datée… Mais ça n’a rien d’un jugement : il faut accepter l’influence d’une période de création sur son résultat final, qui lui n’aura plus moyen ensuite de se défendre face aux outrages éventuels du temps, ou le désaveu possible de son auteur.

Au jeu du « si c’était à refaire », on manifeste beaucoup de vigueur en général. Même sans se déjuger, il y a toujours des éléments qu’on actionnerait différemment aujourd’hui. Mais dans mon cas de figure, j’ai vraiment eu la sensation d’être face à une progéniture sonore résolument intègre et cohérente. Il y a certaines puretés d’intention qu’on ne remixe pas…

D’ailleurs, on ignore au fond si notre inspiration récente donne le coup de vieux à la précédente, ou justement l’inverse. En l’occurrence, ma propre voix d’il y a seulement 3 ans, me semble déjà plus « jeune » à la réécoute. On sent l’énorme ferveur et toute l’adrénaline contenue derrière chaque séance d’enregistrement ; cela apporte une tension encore assez virginale au chant, même dans les intonations plus graves.  Et là aussi, l’habillage effectué au mixage en apprend énormément : il vient maintenir une certaine distanciation avec le monde externe, à travers des arrangements « flottants », volontairement éthérés, suspendus…

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« D’où parles-tu ? ».  Pour choisir comment faire sonner un album, voilà sans doute la première question à se poser. Je n’aurais pas encore été capable de murmurer au creux d’une oreille pour ce disque-là, ou de mettre le chanteur à pied d’égalité avec le songwriter et le producteur. Ce chant délivrait beaucoup de messages, d’informations, tout en protégeant farouchement ses sources. Ainsi, la tonalité de cette aventure solitaire représente vraiment la somme de toute une mystique et mythologie personnelle, qui remontent bien avant la période de création concernée.

Peut-être est-ce la définition d’une vraie forme d’intemporalité… qu’on ne peut fabriquer à la prise de son ou au mixage, puisque seul le vécu la façonne justement. Mais c’est beau aussi de « vieillir », en un sens.  Quand le meilleur synonyme du verbe reste « évoluer », et non forcément « mûrir » (davantage une obsession de chroniqueurs musicaux…).  Rien n’est gravé dans le marbre, ni sa perception d’un travail artistique, ni les tendances esthétiques d’une époque. Quand on affirme que « ça a vieilli » _comme souvent à la redécouverte d’une oeuvre, c’est justement l’inverse : on a vieilli. Et le monde avec nous.

Les artistes sont des mères dont les enfants naissent et ne grandiront plus…

Life is all about surviving… with a little death sometimes.

•octobre 24, 2009 • Laisser un commentaire

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Survivre, ou disparaître. A chaque instant, en chaque endroit. Dans le luxe ou la pauvreté, dans la chaleur humaine, comme dans les bas-fonds de solitude. Cette vie terrestre n’est qu’une histoire de survivance : physique, matérielle, sociale, affective, spirituelle… On se tient juste plus ou moins près du seuil critique de non-retour, selon la perspective, selon nos propres repères, mais jamais à l’abri en tout cas.

C’est une gestion permanente de la distance qu’on maintient vis-à-vis de cette « mort », pluriforme. Et ceux qui excellent à préserver leur marge de sécurité s’imaginent seulement plus vivants, presque intouchables. Les autres tentent de retrouver comment ils se sentaient enfants, avant la conscience du mortel et du besoin de subsistance. Quand ils avaient trouvé le bonheur, celui qu’ils ne cherchaient pas encore, et qu’ils ne connaîtront plus.

Rien de si fatal, ni de trop sombre. En partant de ce simple constat, on découvre au contraire d’autant mieux comment supporter passionnément certaines pressions vitales, pour les rendre distrayantes, agréables. Ainsi, un repas devient le prétexte à bien d’autres enjeux que celui de s’alimenter ; tandis qu’on parle affaires, sentiments ou autres, un mouvement conditionné de fourchette repousse calmement le spectre de la sous-nutrition. Ni émoi, ni soulagement. On réchappe pourtant à la mort quotidiennement : rien qu’en refusant de bloquer sa respiration, en demeurant asservi à l’impulsion mentale envoyée du cerveau jusqu’à nos poumons, par exemple.

Tant d’efforts inconscients pour rester en vie… Alors qu’un nourrisson lui, admet rapidement le risque encouru s’il ne manifeste pas bruyamment son manque de nourriture. Peut-être se montre-t-il plus honnête et lucide qu’un adulte ne sera jamais, dans sa reconnaissance extrême des cycles de survivance. Pourtant ces mécanismes ne varient guère ; et à cette nécessité de boire, manger, respirer, d’évacuer certaines sécrétions organiques, s’en ajoutent d’autres ensuite, quand on commence juste à maîtriser les premières. Notre persistance à ne pas vouloir rompre la chaine vitale se transforme bientôt en véritable lutte, puis en une forme de concurrence souvent acerbe : la mort appartient à tout le monde, la vie se partage… Rarement équitablement, rarement comme un bon repas.

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De l’art de survivre en beauté, dignement. Sans gêner la survivance du voisin,  sans compromettre celle du suivant.  Mais en réalité, cette peur primale de mourir, physiquement ou socialement, conduira surtout beaucoup de gens à entraver leur destin de multiples compromis sécurisants, de contrats d’assistance commune, ou autres garanties de battements cardiaques jusqu’à 77 printemps…. Et sans obtenir cette assurance, alors ils retrouveront souvent en eux-mêmes les germes éteints d’une ancestralité barbare, guerrière. Ils fuiront vers des paradis artificiels, vers l’irréel, vers la folie salvatrice. N’importe quoi pour oublier cette dépendance à leur propre survie, cette aliénation en forme de « métier », de « famille », de « religion », ou d’un steak-frites… Les nouveaux-nés sont justes moins prétentieux. Les grévistes de la faim, moins soumis. Les suicidés, moins persévérants.

Vivre n’est qu’une question de survie. Avec seulement une « petite mort » de temps à autre, si délicieusement nommée. Savoir mourir, puis renaître, sans changer de corps. Physiologiquement, nous pouvons y parvenir. Et spirituellement ? La voici peut-être enfin notre dernière utopie, avant changement d’ère et de climat, avant le solde des comptes. Une belle ironie, pour un mammifère ayant traquer l’immortalité pendant si longtemps…

« Ending is the right beginning… You’re born when you learn to die »

Prière pour un mastering de -5 db à l’échelle planétaire

•octobre 17, 2009 • 3 commentaires

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Prenez un morceau plutôt acoustique et apaisé, d’un disque encore récent ; mettons « Faust arp » sur le In Rainbows de Radiohead. Puis enchaînez-le avec un album noisy-rock du début des 90’s _disons Nervermind par exemple, mais sans toucher au volume… Au lieu d’une déflagration sonique attendue, vous devrez presque tendre l’oreille pour reconnaître l’intro guitare de Smells like teen spirit, avant l’explosion rythmique. Ou comment faire passer le mur du son Nirvanesque (période Butch Vig) pour une gentille production sous-vitaminée…

C’est un des aspects du travail de mastering en musique, qui détermine le niveau sonore final (autrement baptisé « puissance moyenne RMS« ) d’un enregistrement, avant pressage ou gravure. Et il a augmenté de manière spectaculaire depuis les 80’s jusqu’à aujourd’hui, des premiers CD’s  mis sur le marché jusqu’aux productions présentes. Le phénomène est déjà bien connu, ainsi beaucoup de techniciens audio s’alarment des dérives de ce crédo « toujours plus fort » qui prédomine dans l’industrie musicale, la sphère audiovisuelle. Ils pointent la dénaturation excessive engendrée par une trop grande compression du son, et l’usure auditive occasionnée par celle-ci. En effet, à mesure que la dynamique _écart entre les passages les plus faibles et les plus forts d’un morceau_ se réduit dans les musiques actuelles, elle engendre également une fatigue accrue de l’oreille humaine, souvent imperceptible aux premiers abords, mais bien réelle à terme.

Je n’écris pas ce post avec une quelconque démarche de « prévention auditive » à l’esprit : si les gens veulent flinguer leur tympans à coups de iPods réglés au maximum, ou en se délectant du concert de groupes tels que Mogwaï / My bloody Valentine sans bouchons, ça reste leur problème, leur liberté individuelle. Ce qui m’interpelle surtout, c’est plutôt dans quel contexte socio-technologique cette élévation progressive du niveau sonore musical s’inscrit, ce qu’elle révèle sur l’inconscient de nos sociétés développées, et les enjeux stratégiques masqués derrière cette bataille de décibels.

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En pleine période de guerre froide, c’était alors la course à qui produirait le maximum de têtes nucléaires, déjà une métaphore assez puérile du jeu de « celui qui pisse le plus loin« . Aujourd’hui on fabrique toujours des missiles, mais on « pisse » également des décibels à tout berzingue : guerre froide entre stations radio FM, entre chaines de télévisions, entre publicitaires (la joie de baisser le son à chaque coupure de pub pour éviter l’infarctus…). Entretemps, l’équipement électro-ménager aura aussi mis à mal nos fragiles esgourdes, à coups de lave-vaiselle, micro-ondes, de bourdonnements d’appareils seulement mis en veille, ou de PC aussi bruyants qu’un aspirateur, allumés toute la journée.

Dehors, ce n’est guère mieux. Il serait d’ailleurs intéressant de pouvoir comparer des mesures de pollution sonore en milieu urbain, du début du 20ème siècle à celles d’aujourd’hui. Disons à Paris, au hasard… Le meilleur moyen de réaliser comme on dresse nos oreilles à un bruit de fond permanent, reste évidemment une bonne immersion à la campagne, la nuit de préférence.  Dans la réalité du silence naturel, on s’entend même respirer ; on discerne le froissement des vêtements à chaque geste, on écouterait presque un coeur battre…

Sauf qu’un sifflement étrange émerge soudainement, et ne passe plus : celui que subissent presque tous les habitants en zone urbaine, à un degré différent : l’acouphène du monde moderne « civilisé », une note continue dont la perception trop accrue peut rendre littéralement fou. Elle est probablement la cause de plusieurs troubles nerveux, de diverses formes angoisses et autres tendances dépressives. Mais ça n’empêchera ni NRJ, ni TF1, de « booster » régulièrement la pause publicitaire ou le jingle de reconnaissance.

Ca n’empêche pas davantage une majorité des acteurs du milieu musical de vouloir encore produire plus de décibels qu’avant, comme s’il était impossible de monter simplement d’un cran le volume sur son appareil CD. Au contraire, nombre des exemples pré-cités justifie hélas en partie cette tendance à masteriser plus fort. Car désormais, on écoute rarement ses disques sur une bonne vieille chaine de salon ; mais par-dessus le ronron incessant d’un ordinateur, sur des enceintes souvent médiocres, en format mp3’s à la qualité aléatoire.

C’est aussi une bataille entre pages Myspace, comme pour le zapping d’une station FM à une autre : envoyer plus de son que le voisin. Il y a des formats, des impératifs, pour espérer accrocher l’oreille d’un programmateur, d’un directeur artistique. Alors on sacrifie encore davantage la dynamique des morceaux ; tant pis pour le passage calme après le 2ème refrain, ou l’intro crescendo des violons : « il faut que ça crache, coco !« 

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Et il n’y a pas seulement les musiciens qui veulent se faire entendre. Au fond, ce n’est qu’un reflet patent de notre état d’esprit de grands anxieux post-modernes. 6 milliards d’habitants, ça en fait un sacré boucan : qui m’écoutera chuchoter, quand tous les autres se parent d’un mégaphone ? Hausser le ton afin de se donner du courage, de la prestance, ou juste par un vieux réflexe de survie : 6 milliards de nourrissons qui braillent, de peur que maman oublie l’heure de la tétée… Bienvenu dans un futur monde de sourds et d’hystériques, où il restera seulement les films pour y voir 2 personnes parler à voix basse dans un café, un cinéma… En vrai, il faut hurler à l’oreille du voisin. Et c’est nettement moins romantique.

Voilà un peu comment je me sentais il y a quelques temps, dans mon home-studio de fortune, à finir le mastering de mon prochain album  _plus enclin aux ballades guitare-voix qu’à des titres dance-floor. La rue grouille de sons divers : du marteau-piqueur avoisinant, aux hurlements des enfants dans le square d’à côté ; quand un démarrage en trombe de moto ne vient pas recouvrir le tout… Mais finalement c’était peut-être le bon environnement sonore, en vue de confronter une oeuvre intimiste et nuancée à la réalité de ce qui l’attendra, une fois délivrée à son auditoire, souvent citadin, pressé, distrait.

J’ai mis d’autant plus la voix en avant, afin de m’épancher directement à l’oreille du mélomane, sans distance excessive. Les arrangements ne sont désormais qu’un luxe pour écoutes multiples. La nature m’ayant doté d’une tessiture assez grave, je dois d’abord compter sur le timbre si je veux attirer l’attention, et non sur la puissance vocale ou cette prédominance de l’aigu sur la mêlée des autres fréquences. Peut-être que dans 2 ou 3 siècles, ce type de voix ne sera même plus vraiment audible, à cause d’une mutation accélérée de l’ouïe humaine, en réponse à son propre environnement « naturel »… Il me reste encore quelques années devant moi, à défaut de postérité acoustique.

Tout en finalisant cet album, j’ai redécouvert à bon escient le très précieux disque de Beth Gibbons & Rustin man (la chanteuse de Portishead), Out of season, admirable de résistance au formatage de l’époque. Ici, le mastering rend honneur à la dynamique de chaque morceau, ne gomme aucune aspérités. La voix ressort de manière si évidente, si proche… Un contre-exemple sonore parfait, sans passéisme exagéré, visant seulement la justesse des intentions, pour une beauté… fidèle. Merci Beth.

AN EVERLASTING BREATH

•octobre 8, 2009 • Laisser un commentaire

I have grown a skinny chest,
Till my bones are making flesh.
And the one that was deadly tied,
Is nevermore afraid.

There, I knew my fate was sealed,
When I saw my brothers killed.
Yet the force of my hope was tried,
And soon will raise the dead.
Soon, I’ll raise the dead.

I’ve been crying for a choice.
Did you hear that broken voice,
While they hurt my unruly spine ?
I prayed it was the end.

And I’d lost my dignity,
But I still had a destiny.
On my own, would I cross the line,
And soon I’ll wake the dead.
Yes, soon I’ll raise the dead.

I hear the ones who’ve fallen,
Telling me the world’s forgiven.
And I still wonder why it should ever be.

So, your angels never came
For the numbers without names.
Now, they’re drawing all through my lungs
An everlasting breath.

And the times may hear us call.
The jailor will not break his fall,
When the freedom that we had sung
Finally takes the head.

And then, I’ll raise the dead.

I hear the ones who’ve fallen,
Telling me the world’s forgiven.
And I still wonder why it should ever be.

(subtitles for a piece of music that you may hear on this page)

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Les morts portent aussi le deuil des vivants…

•octobre 5, 2009 • Laisser un commentaire

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A qui s’adresse-t-on, quand il n’y a personne autour ? Seul, en ces moments un peu fragiles de vacuité quotidienne, entre deux activités, deux décisions ; vers quelle personne fictive s’épancher pour une conversation mentale imaginaire ?

Chaque journée contient son lot de transitions, tous ces creux réguliers qu’on finit par redouter. Comme la simple durée d’un repas, d’une douche, d’une demi-heure de ménage ; lorsqu’on devrait juste ne penser à rien, vider l’esprit déjà trop sollicité par ailleurs, ou alors se concentrer sur une question précise, une équation de vie à résoudre. Mais on laisse nos pensées dériver, avec le soulagement illusoire de ne plus devoir les canaliser, enfin. Car c’est un repos à double-tranchant : l’inconscient est un petit dictateur sournois, bien plus dangereux que cette réflexion disciplinée qu’on s’impose, le reste de notre temps éveillé.

On passe du pilotage au pilonnage automatique, de toutes les tracasseries du moment bien sûr _qui restent souvent à portée de résolution ; mais plus durement par l’ombre envahissante d’un brusque souvenir, du nerf traumatique ravivé. Nos démons sont encore plus seuls que nous : une fois réveillés, il faut leur parler.

Alors bien souvent, je parle à ce même fantôme, celui de l’absente, et du corps disparu. Je communique avec à un souvenir, tout en cherchant malgré moi à rendre la conversation très actuelle, intensément et douloureusement crédible. Je projette chaque vision des choses, de la plus pessimiste à la plus rédemptrice. Et même dans ce flot de confusion libéré, j’y censure les fantasmes trop grossiers, ou un dialogue trop irréaliste. C’est comme si mon inconscient m’interdisait de tricher avec l’histoire, avec mes propres sentiments, sans pourtant me laisser reprendre le contrôle et exhumer le cadavre toujours chaud d’une poignante réalité.

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L’errance peut ainsi durer une trentaine de secondes, cinq minutes, un quart d’heure, une heure parfois… Je ne me sens pas si mal au départ, tout dépend du film projeté, de ce dialogue entamé. Puis ma respiration se bloque peu à peu, je poursuis machinalement le cours de mes gestes ménagers, souvent routiniers, et d’autres symptômes physiques surviennent alors, si je m’attarde encore sur cette vision : la colère, l’angoisse, le désir, une insondable détresse…  Mon sang retrouve ses droits, il connaît chaque épisode du feuilleton par coeur.

Heureusement, cette petite bulle finit par éclater. D’une voix sévère, la mère conscience sermonne le vagabond, le rappelant à l’ordre, sans grande illusion et assez hypocritement au fond : pourquoi laisser un prisonnier s’évader aussi facilement, sinon afin de l’espionner et mieux entrevoir les desseins du camp adverse ? Selon les indices précieusement recueillis, on postera dès le lendemain une armée de garde-fous aux portes de la citadelle. On prendra une guitare ou une plume comme on brandit un bouclier ; on ira boire un verre pour oublier, ou on restera à boire de l’eau pour mieux ne pas se rappeler… On branchera l’appareil à chasser les mauvais rêves, par sécurité, pour la nuit suivante.

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A qui s’adresse-t-on, quand il n’y a plus d’âme autour ?

Je parle à un fantôme, mais c’est moi le mort de l’histoire. Un mort qui trouvait déjà indigne, injuste, de se voir attribuer ce rôle du jeune premier éconduit, puis le rôle secondaire de l’éternel incompris, ou d’un pauvre « weirdo » écorché vif… Mais le plus dur à incarner peut-être, c’est le personnage qu’on a omis au générique, rayé de la distribution, coupé au montage des souvenirs du co-scénariste. On signale votre mort, mais on ne la voit même pas à l’écran. Un peu comme si les pompes funèbres oubliait de vous inviter à votre propre enterrement…

Et la veuve n’y pense déjà plus, tandis qu’elle rentre chez elle, après avoir jeté une pincée de terre sur un cercueil vide. Ignore-t-elle à jamais que les morts portent aussi le deuil des vivants ? Ils ont même toute l’éternité pour ça…

(photos : image 1 by « local Mc Fly », images 2-3 by Graphistolage)

THE STRONG

•septembre 30, 2009 • Laisser un commentaire

I’ve seen the weak and sad one, out of the mirror.
In front of this look, I no more feel trouble linger.

I’ve seen the fake gods handing pills,
While I’ve been out dealing songs.
They let the mortals break their skills,
And make me part of the strong.

I’ve heard the sick and wild one, out of my own brains.
In front of these words, I no more feel my swollen chains.

I’ve seen the fake gods handing pills,
While I’ve been out dealing songs.
And how the mortals break their skills,
Does make me part of the strong.

They fix some artificial life for the living dead,
But they won’t blow the human sore away out of their heads.

And I’ve been a fake god in my way,
Trying to learn from his men.
This is the role I’m led to play ;
Although I tightly work my pen,
On how I wish I was born again,
They think I’m part of the strong…

I must be part of the strong.

(subtitles for a piece of music that you may hear or not, before and after)

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LIVE ON BEAUTY

•septembre 30, 2009 • Un commentaire

I recall the night when you spoke of giving birth…
We were torn about laying down a soul on earth.
You said you’d be a mother, one day.
The chosen father was read in your tears…

Any eyes will dry, and some great words come untrue.
Now I miss the life I was meant to have with you.
For all you gave, I might dearly pay,
Thinking of when love was read in your tears.

And I just don’t find, if there’s truly one right answer
To all I question why, if a child would’ve been our shelter…
For now I can’t be safe on my own,
I live on the beauty of what was read in your tears…

The beauty of what I read in your tears.

(subtitles for a piece of music that you may hear or not, before and after)

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